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La servante revint, ferma les rideaux, tisonna le feu, répéta en souriant : Verrà, verrà. Quand elle fut partie, Archer se leva et commença à marcher à travers la pièce. Attendrait-il plus longtemps ? Sa position devenait assez ridicule. Peut-être avait-il mal compris Mme Olenska ; peut-être n’avait-elle pas eu l’intention de l’inviter…

De la rue silencieuse monta le bruit sec des sabots d’un steppeur. Une voiture s’arrêta et Archer entendit une portière qui s’ouvrait. En écartant les rideaux, il vit, à la lueur du réverbère, Julius Beaufort qui aidait Mme Olenska à descendre de son petit coupé anglais.

Beaufort, le chapeau à la main, disait quelque chose à la jeune femme, qui parut répondre négativement. Ils se serrèrent la main ; le banquier sauta dans la voiture, et Mme Olenska monta lentement les marches du perron.

Elle entra dans le salon sans paraître surprise d’y trouver Archer. La surprise était un sentiment auquel elle semblait rarement s’abandonner.

— Ma petite cabane vous plaît-elle ? demanda-t-elle en souriant. Pour moi, c’est le Paradis !

Tout en parlant, elle dénouait son chapeau à brides et l’envoyait rejoindre sur une chaise son long manteau.

— Vous l’avez arrangé avec un goût exquis, répondit Archer, rougissant de la banalité du propos. Il se sentait comme emprisonné dans le convenu par son désir même de dire quelque chose de frappant.

— C’est bien insignifiant ! Ma famille méprise mon petit coin. En tout cas, c’est moins triste que chez les van der Luyden.

Archer fut ébloui de tant d’audace : on aurait trouvé peu d’esprits assez subversifs pour traiter de triste l’imposante demeure des van der Luyden. Les privilégiés qui y pénétraient, avec un léger frisson, étaient d’accord pour louer l’élégance des salons. Archer était ravi que la comtesse Olenska eût traduit l’impression générale.

— Ce que vous avez fait ici est délicieux, répéta-t-il.

— Je l’avoue, j’aime cette petite maison ; mais c’est surtout, je crois, parce qu’elle est dans mon pays, à New-York, et… et que j’y suis seule.

Elle parlait si bas qu’il entendit à peine la fin de la phrase. Embarrassé, il répondit :