Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/537

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invoquant des nécessités stratégiques, mais en y ajoutant une promesse d’évacuation pour la fin des hostilités, évacuation qui comprendrait toutes les contrées grecques occupées pendant la guerre. Aucune garantie d’ailleurs n’était donnée en ce qui touchait l’exécution de cette promesse.

On apprenait en même temps qu’une effervescence violente se déchaînait dans les contrées envahies : d’un côté les habitants accueillaient les envahisseurs avec enthousiasme et d’un autre côté, dans la Macédoine orientale, la population était tout entière en proie à une terreur folle à l’approche des Bulgares. D’une manière générale, ordre était donné aux autorités civiles et à la gendarmerie de ne pas abandonner leurs postes, mais le gouvernement grec serait-il obéi ?… Dans ces circonstances où il eût été nécessaire de savoir ce que pensait le Roi, il se taisait en alléguant que, pour se prononcer, il devait attendre les événements. Ici encore il n’était pas sincère, à en juger par la joie intense qui régnait au Palais. Cette joie, les germanophiles la laissaient voir jusque dans les rues d’Athènes ; d’après eux, l’occupation de Florina rouvrait le chemin entre Athènes et Berlin, « bonne leçon pour les Alliés qui allaient se trouver enveloppés par les Bulgares et les Allemands et bientôt obligés de déguerpir. »

L’invasion avait fini par secouer l’apathie des libéraux, mais leur action était encore bien timide, et à ce point qu’on pouvait se demander s’il serait prudent de compter sur eux. Un observateur de ce spectacle faisait observer que la faiblesse du parti vénizéliste provenait de ce qu’en fait il était anti-royaliste et qu’il n’osait ni l’avouer, ni agir en conséquence. « En Orient, disait-il, plus encore qu’ailleurs, il est plus facile de mener la campagne contre quelqu’un que pour quelqu’un. » C’est ce qu’avaient admirablement compris les royalistes et leurs complices allemands ; ils faisaient de la politique négative en prenant comme mot de ralliement : « A bas le traître Venizélos, » cri de guerre auquel les libéraux n’oseraient jamais répondre par le cri : « A bas le traître Constantin, à bas le Roi indigne qui a vendu la patrie aux Bulgares ! »

Dans les milieux diplomatiques alliés, on commençait cependant à comprendre que l’entrée en scène des Germano-Bulgares commandait à l’Entente de sacrifier ses préventions contre le parti vénizéliste et de se lier entièrement à lui, malgré les