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rentrer dans leur pays avec l’auréole du martyre. On vit même se produire ce fait assez piquant, que plusieurs de leurs compatriotes se plaignirent de ne pas être sur la liste et partirent spontanément comme s’ils y étaient contraints.


IV

Le 9 septembre dans la soirée, pendant la réunion quotidienne des ministres alliés, une bande de vingt ou trente individus pénétra dans le jardin de la Légation de France et s’avança jusqu’à la porte de la maison en tirant cinq ou six coups de revolver et en criant : « A bas la France, à bas l’Angleterre ! » Elle disparut après cette manifestation sans que le poste du ministère de la Guerre ni celui du Palais-Royal établis de l’autre côté de la rue eussent tenté de venir mettre ces émeutiers à la raison. Le Président du Conseil Zaïmis accourut bientôt après pour présenter au représentant de la France les excuses du gouvernement, et lui promettre que des mesures allaient être prises contre les auteurs de cette manifestation, scandaleuse et pour en éviter le retour.

Le ministre de France était d’avis de faire débarquer des marins pour assurer la protection de sa résidence, mais ses collègues alliés ayant objecté qu’il valait peut-être mieux ne pas accorder d’importance à cette affaire, il renonça à passer outre pour ne pas marquer un désaccord. Mais, dans un télégramme envoyé à son gouvernement, il ne cachait pas son opinion personnelle ; il s’agissait d’une insulte faite à la France dont ses collègues n’étaient pas juges et pour la réparation de laquelle ils n’avaient pas à intervenir. En même temps il prévenait l’amiral Dartige du Fournet et lui laissait le soin d’apprécier la situation. L’amiral n’avait pas à se préoccuper de l’opinion des autres ministres alliés et dès le lendemain une escouade de vingt-cinq fusiliers marins détachés du Bruix était préposée à la garde de la Légation de France au sommet de laquelle serait arboré en permanence le drapeau tricolore. Rappelons, pour en finir avec cet incident, que dans la soirée du lendemain les quatre ministres alliés rédigèrent pour être remise au gouvernement royal une note réclamant des réparations. Elles furent aussitôt accordées sous la forme d’excuses écrites, mais ne le furent jamais pour la recherche et la condamnation rapide des