Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/588

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compagnie d’arbres ne manque jamais. Ils s’y accordent si bien qu’ils semblent avoir été toujours là, aussi anciens et sacrés que le sanctuaire. Ces sombres chênes, où le vent a laissé sa trace, le granit rongé de ce vaisseau, sont comme pénétrés d’âme : et c’est la même qui se dégage des petits gites humains, de la grave campagne de bois et d’ajoncs alentour, des mystérieuses avenues qui ne mènent qu’à une lande.

C’est par les jours gris, surtout, que ces harmonies sont expressives, quand un plafond de nuées basses se déroule dans le silence de cette campagne, sur les cimes liées des grands arbres. Comme les simples choses, alors, vous enveloppent de leur influence et de leur quiétude anciennes ! Là, dans ces intimités de l’intérieur, et non sur les caps romantiques, est la secrète essence de la Bretagne. Elle apaise, elle engourdit, elle enchante. On resterait là des heures à contempler la patiente, l’incessante montée de cette vapeur sur les ramures et sur les fouets noirs de la haie prochaine…

Mais les enfants sont bien vivants. Les petits gars s’accrochent à la voiture, tout pareils aux « mousses » rieurs, aux yeux si frais, avec qui je jouais jadis dans la campagne de Brest, et qui sont aujourd’hui des marins et des paysans. La petite variété de la plante humaine qu’a formée cette terre ne cesse pas de repousser. Et ce sont les mêmes mots bretons de jadis qui sonnent aux bouches enfantines. La vieille langue qui me semblait alors une chose du passé, ne survivant que par miracle, durera plus longtemps que nous.

Les fillettes aussi, en sabots, galopent à toutes jambes : le geste de l’enfance dans le lourd, sérieux costume des femmes. Charmantes, ces petites : des joues comme des pommes d’api, les cheveux volant au vent de la course, hors du bonnet à l’ancienne mode qui leur serre les tempes. Vers dix heures du matin, à la sortie de l’école, il y en a de grandes troupes à l’orée du village. Comme on voit ici le bouillonnement de la vie hors des sources profondes ! En ces régions voisines de la mer, son abondance étonne, si l’on vient de l’intérieur.

Du côté de Pluguffan, la mitre bigouden cesse, et le cornet plat de Quimper apparaît. En ai-je traversé de ces pays de coeffes ! La frontière de chacun reste toujours la même, comme la frontière de deux langues. A une demi-lieue de distance, deux villages diffèrent par les couleurs et le type même du