Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/630

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par les Allemands, l’objet d’une surveillance toute particulière : un agent du gouvernement militaire sténographiait ses sermons. Un jour qu’il avait prêché sur ce texte : « Or le démon s’approcha de Jésus et le tenta, » Mgr Teodorowicz s’entendit menacer du Conseil de guerre. Il demanda quel était son crime : on lui fit comprendre que le Satan de son sermon ressemblait étrangement à l’empereur Guillaume II. « Tant pis pour eux répliqua le prélat, s’ils ont vu la ressemblance ; je ne l’y avais pas mise exprès. » Mgr Teodorowicz gouverne à Lwow quelques milliers d’Arméniens catholiques, descendant de ceux qui, au XIVe siècle, vinrent chercher asile auprès des princes ruthènes. Il y a longtemps que ces réfugiés sont devenus polonais, mais ils sont restés fidèles à leur rite. L’Eglise arménienne de Lwow ne compte guère que des citadins, pour la plupart riches et instruits. Aucune difficulté ne s’est jamais élevée entre eux et les catholiques latins.

On n’en peut pas dire autant des Uniates Ruthènes, qu’une inimitié séculaire sépare des Polonais. Leur magnifique cathédrale, Saint-Georges, s’élève sur la colline boisée où les moines basiliens étaient venus s’établir à la fin du XIIe siècle. Un prince ruthène y fit construire, en 1280, une chapelle en bois, qui, successivement agrandie et embellie par les archimandrites, fut enfin remplacée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, par la monumentale église baroque, dont on voit surgir de très loin les clochetons, les lanternes et la procession d’apôtres aux draperies mouvementées. L’architecte de Witte l’édifia, sur l’ordre du métropolite Athanase Szeptycki. Autour de l’église il disposa, dans une ordonnance un peu théâtrale, le palais de l’archevêque et les maisons des chanoines. De la haute terrasse ménagée devant la façade principale, la vue s’étend sur toute la ville et sur les collines qui l’entourent. Un gigantesque saint Georges à cheval, campé au sommet de l’attique, domine l’architecture et le décor.

C’est encore un Szeptycki, moine basilien comme son ancêtre, qui gouverne aujourd’hui l’église ruthène de Lwow. Quand j’ai passé par cette ville, Mgr Szeptycki se trouvait à Varsovie, auprès de son frère le généra], malade ou blessé ; je fus reçu par un vieux chanoine, qui me par la fort peu des Uniates et beaucoup du Visiteur Apostolique que le Saint-Père avait désigné pour l’Ukraine, dont on annonçait l’arrivée depuis