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l’Université libre de Lublin doit son origine. M. Jaroszyski a consacré une partie de sa fortune à doter la Pologne d’un nouvel institut d’enseignement supérieur. L’Université de Lublin est organisée sur le modèle de celles de Louvain et de Fribourg : c’est une grande école catholique, où l’enseignement de la théologie et du droit canon tient une place importante, mais qui comporte aussi des Facultés de droit, de sciences politiques, de lettres et de philosophie. Le corps enseignant est composé d’ecclésiastiques et de laïques. Les programmes sont ceux de l’enseignement officiel et les grades que confèrent les Facultés sont reconnus par l’Etat. Fondée en 1918, l’Université compte déjà 700 étudiants et possède 50 000 volumes dans sa bibliothèque. Fn attendant que les immeubles qu’on lui destine soient complètement aménagés, elle s’est installée dans les locaux du séminaire : c’est là que j’ai été reçu par le recteur, Mgr Radziszewski, qui avait réuni à mon intention quelques professeurs.

Les maîtres de l’Université de Lublin m’ont fait le plus grand éloge de leurs élèves et, en général, de la jeunesse polonaise, qui a pleine conscience des difficultés de l’heure présente et de la lourde tâche qu’elle aura mission d’accomplir.

— Je trouve nos étudiants plus sérieux, moins insouciants que nous ne l’étions nous-mêmes, m’a dit le vice-recteur, professeur Chylinski. Mais aussi comme ils sont plus heureux ! Pour échapper à la honte de s’inscrire, en terre polonaise, à une université russe, ceux d’entre nous qui en avaient les moyens allaient étudier à Pétersbourg. Le gouvernement russe ne tolérait pas que les étudiants formassent entre eux des groupe ; nationaux, mais il admettait les sociétés d’études. C’est ainsi que je pus fonder un club littéraire, qui réunit bientôt tous les étudiants polonais de l’Université de Pétersbourg. Lorsque j’eus pris mes grades, je demeurai en Russie, rentrai à Pétersbourg comme professeur d’histoire ancienne et continuai à m’occuper de nos étudiants. Les tracasseries russes n’avaient pas de limite : le club littéraire, où se réunissaient les étudiants polonais, possédait une petite bibliothèque, composée d’ouvrages de toutes langues ; on avait exigé que le catalogue, dont l’administration devait avoir une copie, fût rédigé en russe. Un brave homme de censeur nous rappela à l’ordre, parce, qu’un certain nombre de noms d’auteurs et de titres de livres n’étaient pas libellés en