Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/655

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l’attention publique. On l’interrogeait, on la consultait, on écoutait, avec un soin particulier, ses doléances, ses réclamations, ses projets. Elle ne ménageait pas ses devancières et les traitait rudement. Elle avait une assurance impétueuse et refusait le doute, qui était la sagesse, l’infirmité ou l’élégance de la veille. On l’écoutait, fût-ce avec étonnement, quelquefois avec un peu d’impatience ; mais on l’écoutait : et il ne semble pas que nulle génération française, avant celle-là, ait profité d’une complaisance pareille, ait pris, et avec tant de désinvolture et si soudainement, une telle importance et qui n’était pas encore justifiée. Ce fut comme un pressentiment : à la guerre, on a bien vu que ce pressentiment n’était pas trompeur et que tout dépendait de cette jeunesse et de ses volontés. Les mêmes adolescents, qui la veille avaient paru un peu outrecuidants, devinrent le salut de la patrie : leur outrecuidance de la veille devint leur promptitude à la décision, leur entrain, leur courage. Et la situation privilégiée qu’on leur avait consentie, ce n’est pas assez dire qu’ils l’ont régularisée : ils l’ont splendidement consacrée.

Beaucoup sont morts. Il n’est pas sûr que cette génération, si fêtée d’abord et fêtée d’abord sur de vagues promesses, du jour au lendemain mise à l’épreuve et aussitôt supérieure à toute prévision, même à toute fatuité, ensuite plus que décimée, donne dans la littérature et dans les arts tout le fruit dont la fleur commençait de s’épanouir lorsque la tempête se déchaîna. Qui sait, — et une telle incertitude est angoissante, — si les plus beaux génies, encore dissimulés à eux-mêmes, n’ont pas été meurtris ou tués ?

Les survivants, adolescents d’avant la guerre et qui ont assisté à cette double apothéose, gloire et martyre, d’une jeunesse, avertis de ce qu’a fait une jeunesse, leur contemporaine ou la leur, ne craignent pas de célébrer ce printemps de l(année. Ils se souviennent de la faveur avec laquelle fut accueillie leur adolescence ; ils savent que cette faveur a été abondamment méritée : ils n’hésitent pas à deviner qu’on aimera le récit d’une anecdote qui, étant la leur, est celle de la France la plus pathétique. L’amitié qu’ils ont pour eux-mêmes aurait son excuse dans la prédilection que tout le monde a pour eux. Puis, après la tribulation, leur plaisir du retour est de retrouver leur maison, leur souvenir et de se retrouver dans leur souvenir et dans leur maison. Leur passé leur est bien cher ; et ils s’attendrissent ù y rechercher l’enfant qu’ils étaient.

L’Enfant inquiet de M. André Obey, le voici : « Arnaud est né un dimanche de mai, bleu et or, à trois heures après midi. Les trois