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lycée, il est féru, sans le savoir, de littérature exquise et qui sans doute se rattache par des liens visibles à la meilleure littérature la plus récente, mais qui est pourtant la sienne et charmante. M. André Obey écrit avec soin, très joliment. Son petit ouvrage, à peine un roman, — ce n’est pas un reproche ! — a les plus gracieuses qualités de l’intelligence avertie et du cœur tendre.

Le petit héros de M. Louis Chadourne est un plus grand garçon, rhétoricien d’abord et philosophe, à la veille de quitter le collège et d’entrer, comme il se le promet, « dans la vie. » Et la vie le tente. Son collège est un établissement de jésuites. M. Chadourne, s’il n’a pas craint de recommencer l’Empreinte de M. Edouard Estaunié, je crois qu’il a bien fait. Tous les milieux ont déjà été peints ; et tous les sujets de romans ont déjà servi : la folie principale est de chercher la nouveauté inutile. Le beau livre de M. Edouard Estaunié ne sera point effacé par L’inquiète adolescence, un beau livre encore. Le petit héros de M. Louis Chadourne s’attend que la vie soit une chose qui ne ressemble pas du tout aux journées du collège. Il ne sait pas que les enfants sont déjà des hommes et que leurs passions, leurs déplaisirs, leurs ardeurs et la mélancolie à laquelle ils succombent, dès qu’ils ont le loisir de rêver, composent une image de toute vie humaine. L’adolescent ne le sait pas ; M. Louis Chadourne, qui le sait à merveille, a montré le petit monde du collège analogue à la société des grandes personnes : il a montré cette comédie mêlée de rire et de larmes, et qui voisine avec un drame, et qui est ridicule et pathétique, cette comédie enfantine à laquelle « la vie » ne changera que l’apparence.

M. Chadourne a beaucoup de talent. Ses personnages sont vite dessinés, marqués d’un trait juste, qui ne les désigne pas seulement, mais qui les décrit corps et âme. C’est Toupine, le paysan, (ils d’un meunier, grand et un peu voûté, lent d’esprit, de manières. On lui demande : « Et ton moulin ? » Toupine répond que son moulin tourne. Et c’est Vindrac, le « philosophe : » il a très savamment déformé, par un soin de négligence, la casquette qu’il porte et qui doit laisser glisser vers la tempe, une mèche de longs cheveux ; il agite ses mains souples et raconte des idées et des anecdotes en désordre. Prélussin, fier d’avoir été aux bains de mer, y a vu des femmes en maillot sortir de l’eau, « toutes nues, quoi ! » et, ce qu’il a vu, il le dit, avec plus d’orgueil que de concupiscence effrontée. Mais voici Lortal, un nouveau, qui vient du lycée, ou d’une école qui mène au lycée ; et cette école avait une clientèle de jeunes Espagnols riches et malins :