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que la chaleur pâlit. Sous trop de lumière ses paupières battent ; dans ses cheveux serrés, le soleil creuse des remous d’or sombre. » Et l’on entend son rire éclatant, jeune et frais. « Puis Claude descend, s’arrête à mi-hauteur de l’échelle et la jeune fille n’a plus besoin de beaucoup lever la tête. Elle choisit des reines-Claude, en rejette une à cause d’un ver ; Claude vivement la ramasse, l’écrase sur ses dents. May regarde obstinément ses sandales ; elle tourmente le bracelet indien à son poignet bruni. Le sang bat aux tempes du jeune homme ; il se raccroche aux barreaux de l’échelle, ne voit plus rien, se laisse choir sur l’herbe. A un faible cri de May, il rouvre les yeux : le visage bien-aimé est là, plein de stupeur et de douceur. Leurs lèvres se touchent à peine et déjà la jeune fille se relève ; ce simple effleurement la dégrise. Claude la regarde s’éloigner vers la maison. Lui-même, après une minute d’immobilité, quitte le parc. » Il me semble que le chevalier de Boufflers, environ le temps qu’il sortit du séminaire Saint-Sulpice, et même avant de quitter cette maison sainte et charmante, aurait aimé de telles pages.

Du reste, le livre de M. François Mauriac tend à de nobles et dignes conclusions. Et il y va, jusqu’à y aboutir, par des chemins d’abord très agréables, et puis rudes et, par endroits, malaisés. Quand il est magistral et beau, je l’approuve. Quand il est ravissant, je le préfère.

Les grâces de M. François Mauriac, on ne les rencontre pas dans le roman de M. Jacques de Lacretelle, La vie inquiète de Jean Hermelin. M. Jacques de Lacretelle n’écrit pas avec beaucoup d’habileté, ni même avec beaucoup de vigilance. Mais son livre, qu’il ne veut pas qu’on appelle un roman ni qu’on prenne pour une confession, mérite d’être signalé comme un témoignage ou comme un essai de diagnostic moral et mental. « Je veux, dit-il, ou dit son Jean Hermelin, éviter l’invention littéraire et la délectation orgueilleuse, de crainte qu’elles ne me distraient de mon but, qui est de parvenir à la connaissance exacte de moi-même… » Il avoue qu’il a lu avidement plusieurs études relatives à l’adolescence et des études relatives à l’éducation de la volonté. Sans doute les auteurs qu’il a consultés n’ont-ils pas répondu à toutes les questions qu’il leur posait et, en fin de compte, ne lui ont-ils pas révélé son âme et la vérité de sa nature. Alors, il espère qu’une « investigation patiente et précise dans son passé » lui sera plus instructive. « Et je vais m’y livrer sans faiblesse. Alors, peut-être seras-tu fixée, mon âme incertaine ; peut-être te trouveras-tu comblé, ô mon cœur disponible ! » Et il ajoute qu’il a dix-huit ans.