Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/672

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incapables de nous parler franchement, amicalement, les yeux dans les yeux. M. Lloyd George veut complaire au commerce britannique et reprendre sans plus de retard des rapports économiques avec la Russie. L’Amérique, préoccupée de la campagne que poursuivent chez elle les organisations bolchévistes et de la propagande menée en faveur de la troisième Internationale; n’entend jusqu’ici se prêter à aucune politique qui paraisse impliquer une reconnaissance, même indirecte, du gouvernement des Soviets. Le point de vue de la République française est à peu près le même que celui des États-Unis. Est-il absolument impossible de concilier demain ces avis divergents? Comme le remarquait très justement, l’autre jour, le New-York Herald, l’opinion britannique et l’opinion américaine ne sont pas si éloignées qu’on le pourrait croire. Le Cabinet anglais pense qu’il n’a pas à s’occuper de la forme gouvernementale et sociale admise en Russie, plus qu’il ne s’occupe des institutions politiques adoptées par les tribus sauvages, auxquelles les commerçants britanniques vendent des laines et des calicots. Ce n’est pas à dire que l’Angleterre ait les moindres sympathies pour le régime bolchéviste. Elle ne désire certainement pas qu’il ait à Londres des ramifications trop puissantes. Elle ne désire pas davantage que l’Allemagne trouve un point d’appui à Moscou dans sa résistance à l’exécution du traité de Versailles. Empressons-nous donc de nous concerter avec nos alliés sur les deux ou trois questions essentielles qui peuvent se poser inopinément devant nous. Que M. Georges Leygues ne confère pas seulement avec M. Lloyd George au sujet de la Grèce ! Que toutes les cartes soient, de part et d’autre, abattues sur le tapis! Sommes-nous bien d’accord pour recommander à la Pologne de s’en tenir elle-même scrupuleusement au traité de Riga et de ne fournir aucun prétexte à l’hostilité des Soviets ou à celle de l’Allemagne? Et, si la Pologne sait être sage, sommes-nous d’accord pour ne la laisser attaquer ni par le Reich ni par les Bolchévistes ? Même après que l’Angleterre aura repris des relations commerciales avec la Russie, elle sera toujours maîtresse de rétablir le blocus comme moyen de coercition; et si jamais l’Allemagne se rendait complice d’une violence soviétique, le Rhin offrirait aux Alliés une excellente ligne de départ pour une démonstration décisive. Ayons donc, une fois pour toutes, avec nos amis et particulièrement avec l’Angleterre, un entretien général sur l’ensemble de la situation européenne ; faisons-nous les uns aux autres les sacrifices nécessaires et ne continuons pas plus longtemps, en nous tournant le dos, nos promenades solitaires.