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Scott à Edimbourg. Walter Scott l’a prié de me voir et de me dire qu’il ne lisait d’autre livre français que Cinq-Mars.

Il n’y trouve qu’un défaut ; c’est que le peuple ne tient pas assez de place. Il croit que notre peuple est aussi pittoresque que le sien, — et notre public aussi patient à supporter les conversations populaires ; il se trompe. Son Ecosse s’intéresse à chacune de ses montagnes, la France aime-t-elle toutes ses provinces ?


20 août.

Victor Hugo vient de faire dans Marion de Lorme un excellent ouvrage de style.

Le public ne voit pas que c’est dans le style qu’est uniquement son beau talent.

Personne n’a jamais eu autant de forme et moins de fond et il n’a pas une idée qui lui soit propre, pas une conviction, pas une observation sur la vie, ou une rêverie au-delà des temps, mais il manie les mots avec un art admirable ; il y a beaucoup d’hommes qui ont vécu par-là ; cela lui arrivera.

— J’ai vu avant-hier M. Hyde de Neuville qui faisait assez bonne contenance pour un ministre tombé. — Il parlait chez Mme de Montcalm de son désœuvrement actuel avec assez de grâce et de bonhomie.


Septembre.

On répète le More de Venise. — Je n’éprouve ni peine ni plaisir en approchant de la représentation. Une foule que je méprise jugera l’œuvre sans la comprendre. Je suis curieux de voir ce qu’elle fera. Je lui donnerai un spectacle, elle m’en donnera un en même temps.

Young, l’acteur anglais célèbre, est ici ; il m’a donné de bons avis sur le rôle d’Iago. C’est un homme de cinquante ans, d’une figure fortement caractérisée, grave et mobile ; nez aquilin, menton anglais. Il est studieux, consciencieux dans son art, très instruit et spirituel ; il a compris Iago comme je l’avais fait et l’a très bien défini : une grande âme et un cœur corrompu.


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Le More de Venise a réussi, — ses représentations ont rempli l’hiver de 1829 pour le Théâtre français. — La question de