Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/783

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— Je trouve, continua-t-elle, que l’imprévu ajoute au plaisir. C’est peut-être une erreur que de voir les mêmes personnes tous les jours.

— C’est bien ennuyeux en tout cas !… New-York meurt d’ennui ! bougonna Beaufort. Et quand j’essaie de l’animer pour vous, vous me lâchez !… Écoutez ! Pensez-y !… Nous ne pouvons rien arranger après dimanche, car Campanini part la semaine prochaine pour chanter à Baltimore et Philadelphie. J’ai un salon particulier, et un piano Steinway, et ils feront de la musique toute la nuit.

— Comme ce serait délicieux !… Puis-je réfléchir, et vous écrire demain ?

Elle parlait en souriant, mais il y avait dans le ton de ses paroles une imperceptible invite à prendre congé. Beaufort s’en rendit compte ; mais, n’étant pas habitué à être éconduit, il resta devant elle, un pli obstiné entre les yeux.

— Pourquoi pas maintenant ?

— C’est trop grave pour se décider comme cela, à cette heure tardive.

— Vous trouvez qu’il est tard ?

Elle répondit froidement :

— Oui, parce que j’ai encore à parler affaires avec Mr Archer.

— Ah ! dit Beaufort d’un ton cassant.

Il eut un léger mouvement d’épaules, prit la main de la jeune femme, qu’il baisa avec aisance, et, s’adressant à Archer du pas de la porte :

— Newland, si vous pouvez persuader à la comtesse de rester en ville, vous êtes du souper, c’est entendu.

Puis il partit de son pas lourd et arrogant.

Archer se figura que Mr Letterblair avait prévenu Mme Olenska de sa visite ; la première question que lui adressa la jeune femme le détrompa :

— Vous connaissez des peintres, alors ?… Vous vivez dans leur milieu ?

— Pas précisément. Les arts ici ne sont pas un milieu. On les tient plutôt en marge.

— Vous aimez beaucoup les arts ?

— Beaucoup… Quand je vais à Paris ou à Londres, je ne manque pas une exposition… J’essaie de me tenir au courant.