Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/797

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ger venu d’Europe pouvait planer sur elle ; puis il réfléchit qu’elle avait peut-être dans sa manière d’écrire quelque exagération pittoresque. Du reste, elle devait être capricieuse et se fatiguer facilement de ce qui la divertissait un moment.

Il souriait à la pensée des van der Luyden l’amenant une seconde fois à Skuytercliff, et cette fois pour un temps indéfini. Les portes de Skuytercliff s’ouvraient rarement, et un cérémonieux week-end était tout ce que pouvaient espérer les privilégiés. Mais Archer avait vu à Paris la délicieuse pièce du Labiche : le Voyage de M. Perrichon, et se rappelait l’attachement tenace et profond de M. Perrichon pour le jeune homme qu’il avait retiré du glacier. Les van der Luyden avaient retiré Mme Olenska de la crevasse où la société de New-York avait failli la précipiter, et outre la sympathie qu’elle leur inspirait, ils sentaient couver en eux le désir d’assurer son sauvetage.

Archer, en apprenant le départ de la jeune femme, se rappela aussitôt qu’il venait de refuser une invitation à aller passer le dimanche chez les Reggie Chivers dans leur propriété à quelques kilomètres de Skuytercliff.

Il en avait assez, depuis longtemps, des parties bruyantes de Highbank, des courses de luge, des promenades en traîneau, des longues marches dans la neige, des flirts innocents et des plaisanteries aussi innocentes, mais plus insipides encore. Il venait de recevoir une caisse de livres nouveaux de son libraire à Londres, et aurait une tranquille journée chez lui avec ses auteurs préférés. Pourtant, tout en froissant entre ses doigts la lettre de Mme Olenska, il alla dans le salon de lecture du cercle, rédigea un télégramme et le fit partir immédiatement. Il savait que Mrs Reggie avait toujours de la place pour un invité de la dernière heure, et qu’il pouvait compter sur son accueil.


XV


Newland Archer arriva chez les Chivers le vendredi soir et exécuta, consciencieusement, le lendemain, tous les rites d’un week-end à Highbank.

Le matin, il fit du toboggan avec la maîtresse de la maison et les plus allants des invités. Dans la journée, il fit le tour du propriétaire. Après le thé, il causa dans un coin avec une jeune fille avec laquelle il avait flirté autrefois et qui venait de se