Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/852

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chargés de protéger la villa, avaient abandonné leur consigne à la première sommation.

« Que me voulez-vous, messieurs ? » demanda le comte Tisza aux trois individus qu’il avait devant lui. « Nous venons vous juger, dit Pogany, qui semblait conduire la bande, car vous êtes la cause de la guerre. » Un autre dit : « C’est votre faute, si je suis resté quatre ans dans les tranchées et si ma femme a mal tourné. » Et le troisième, en l’appelant Excellence, lui reprocha la mort de son fils.

Tisza leur répondit : « Je déplore, comme vous, l’immense catastrophe qui s’est abattue sur nous ; mais, si vous étiez mieux informés, vous ne m’accuseriez pas de la sorte. » — « Vous mentez ! répliqua Pogany. D’ailleurs, on ne discute pas avec un homme qui a un revolver dans les mains. Veuillez jeter votre arme. » — « Je ne demande pas mieux, dit le Comte. Mais vous-mêmes posez vos fusils. » — « Jetez d’abord votre revolver. »

Tisza hésita une seconde, et puis réfléchissant que, s’il n’obéissait pas, un affreux massacre allait suivre, où sa femme et sa nièce tomberaient avec lui, il fit deux pas vers une table et posa son revolver.

« Et maintenant, dit un des meurtriers en désignant la comtesse Tisza, que la grosse femme s’en aille. Votre dernière heure est venue. »

Là-dessus, les trois hommes épaulèrent. D’un bond le comte Tisza, se dégageant des deux femmes qui voulaient le protéger de leurs corps, s’élança en avant, saisit l’un des fusils pour éviter le coup. Mais au même moment les trois fusils partaient. Il s’abattit sur le plancher. Sa femme et la comtesse Almassy, celle-ci légèrement blessée, se jetèrent sur son corps. Il murmura : « Je le savais. Cela devait arriver. » Quelques instants plus tard, il expirait.

Sur ce qui se passa ensuite, voici ce que m’a raconté M. de Rodnansky, neveu du comte Tisza. Son oncle l’avait envoyé à son club s’informer des événements qui s’y produisaient dans la ville. C’est là qu’il apprit l’attentat. Aussitôt, il revint à la maison, où il trouva le cadavre encore étendu par terre. Il aida les domestiques à le transporter sur un lit. A ce moment, un officier, se disant envoyé du nouveau Ministre de la guerre, insista pour être introduit. Il demanda d’abord s’il pouvait être de quelque utilité, puis il dit que le Ministre l’avait chargé de