Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/886

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Lemaltre, oserons-nous dire, — « à la manière de, » à leur manière à tous deux, — que cette fois déjà Donnay s’en était donné… Et la musique de M. Claude Terrasse ne manquait ni d’esprit ni même, quand il le fallait, de sentiment et de poésie véritable.

La manière de M. Bruneau, chacun le sait, est la manière forte. Le musicien de Messidor s’est fait une spécialité des gros ouvrages. Il y excelle. On loue volontiers sa « patte » ou sa « poigne. » Mais le Roi Candaule demandait du doigté. Le Roi Candaule n’était pas l’affaire de M. Bruneau ; ni M. Maurice Donnay son librettiste, ou son poète prédestiné. Sa musique ne ressemble et ne se rapporte en aucune manière à l’idée, au sentiment et, — je l’imagine du moins, — aux paroles de cette histoire légère. Elle ignore les sous-entendus et ne les pratique pas. Tout au contraire, on ne l’entend que trop, cette musique ; je dirais même qu’on la surentend. Passe-t-il une occasion d’avoir de l’esprit, de la grâce, des ailes, de rire ou de sourire seulement, elle la laisse passer. Partout et toujours elle appuie, elle pèse, elle écrase. Quelques personnes, dit-on, s’attendaient à trouver M. Bruneau changé. Il a trompé leur espoir. Même sous le pseudonyme de Brounos, tout le monde l’a reconnu.

Le Roi Candaule n’a que trois interprètes qui comptent : Mlle Chenal, MM. Jean Périer et Friant. Le troisième (Gygès) est un ténor à la voix claire et haute, si haute même, qu’on la croirait placée au-dessus de sa tête. M. Jean Périer, sans mauvais goût ni caricature, a fait de Candaule un fantoche royal et conjugal assez réjouissant. Quant à la belle Mlle Chenal (la reine), elle a pris l’habitude, à force de chanter la Marseillaise, de s’exprimer avec la dernière violence


CAMILLE BELLAIGUE.