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Gambetta


J’ai vu Gambetta de près pendant les dernières années de sa vie : sa belle et généreuse nature, sa carrière prompte, toute d’énergie et de lumière, sa bonté haute et familière fascinaient ceux qui l’approchaient. Je suis de ceux qui ont conservé l’empreinte.

Il me semble, pourtant, que la liberté de mon jugement reste entière et que, — quarante ans révolus, — je puis parler de lui comme il faut parler des morts qui furent pour nous des vivants, avec respect, mais avec impartialité.

En 1878, j’avais achevé mes études de droit ; je m’étais mis aux recherches historiques par goût, pour mon plaisir, sans projet de carrière ni d’ambition : probablement, j’avais cela dans le sang, étant né d’un pays frontière, la Picardie, et d’une famille dont le personnage notoire était Henri Martin. Je ne me sentais nullement porté vers la politique ; je ne lisais même pas les journaux. C’était pourtant une époque où les passions étaient vives ; mais les faits du passé m’intéressaient plus que ceux du présent, — j’ai compris depuis que ce qui me passionne dans l’histoire, c’est l’énigme. — Après une courte excursion vers le haut moyen âge, notre XVIIe siècle m’attira. J’aimais sa raison, sa splendeur, ses créations puissantes et bien ordonnées. Ayant vu la guerre de 1870, je souffrais de la diminution de la patrie et je cherchais d’instinct les lois de sa grandeur. Du siècle de Louis XIV remontant à ses origines, mes études se fixèrent sur l’époque de Henri IV et de Richelieu.

Richelieu me conduisit au ministère des Affaires étrangères où les dossiers de son administration sont conservés. J’obtins