Page:Revue des Deux Mondes - 1921 - tome 65.djvu/599

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soudaine où en quelques instants elle verra ses hommes tués, ses communications coupées, ses positions enlevées, ses armes arrachées, sans parfois qu’elle ait le temps de se reconnaître et de se défendre. — C’est donc le crime organisé ? — C’est la guerre, répond le Sinn Fein. Par le vote et la volonté du peuple, le gouvernement républicain est le gouvernement de droit de l’Irlande, nous le faisons respecter en luttant comme nous pouvons contre l’usurpateur qui occupe notre pays ; nous ne sommes ni des anarchistes en révolte contre l’autorité légitime, ni des impérialistes en mal de conquête, mais les vengeurs et libérateurs de notre patrie foulée aux pieds par l’oppresseur étranger. — Pour cette « guerre, » il a de l’argent : il en a d’Amérique comme il veut ; il en lève sur le pays par contributions volontaires ou forcées ; quand il peut, il en prend sans scrupule aux autorités britanniques. — Il s’est créé une armée. Rien sans doute qui ressemble à ce qu’on entend d’ordinaire par ce mot, mais quelque chose de redoutable tout de même, parce qu’insaisissable : des volontaires, — dans le nombre il y en a que la Terreur républicaine a forcés à se porter tels, — appelés au fur et à mesure des besoins, assez disciplinés, très braves, vivant et combattant dans l’ordre dispersé, formés en petits détachements mobiles, en colonnes volantes, comme autrefois nos Vendéens, vivant sur le pays, cachés dans les villes, ou bien retirés dans la campagne, sur les collines d’où ils descendent à l’improviste pour « opérer » et où ils retrouvent asile, l’opération faite ; ils sont à la fois partout et nulle part ; parfois des femmes, des jeunes filles leur apportent, au moment voulu, cachées sous leurs jupes, les armes, soigneusement mises à l’abri le reste du temps ; secrètement réunis, ils frappent leur coup et s’évanouissent dans la nuit, dans la foule, ou dans le bled. Il y aurait ainsi deux cents bataillons, forts de 100 à 1 000 hommes chacun : c’est l’trish republican Army, commandée par Michaël Collins. Plus la coercition britannique est violente, plus les volontaires affluent, dit-on ; le jour où le petit Kevin Barry, âgé de dix-sept ans, fut pendu, plusieurs centaines de jeunes gens s’enrôlèrent à Dublin.

Ces hommes-là sont prêts à tout et feront n’importe quelle besogne contre le gouvernement ennemi, ses « mercenaires » et ses « suppôts. » Cela commence petitement, puis le cadre des opérations s’élargit peu à peu. Les armes et le matériel