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qu’ils convoitaient. Devant l’intervention portugaise, la Junte de Buenos-Aires prit peur. Elle relira ses troupes qui avaient commencé le siège de Montevideo, et traita, abandonnant les Orientaux qui retombèrent sous la domination espagnole.

On vit alors un spectacle extraordinaire. La population n’accepta pas de retomber au pouvoir des godos, comme les gauchos nommaient les Espagnols. Et plutôt que de les subir, le peuple presque entier, 16 000 personnes, sous la conduite d’Artigas, abandonna son pays et se retira vers le Nord. C’est ce que les Orientaux nomment le grand exode. A la tête du convoi marchait Artigas, comme autrefois Moïse à la tête du peuple de Dieu. Venaient ensuite des escadrons de volontaires en armes, puis la foule des hommes, des femmes, des enfants. Les uns à pied, les autres à cheval ou en voiture, confondus avec les troupeaux. Le cortège avait plusieurs lieues de long. Ils marchèrent plus de deux mois et arrivèrent à la hauteur de Salto, sur le bord du fleuve Uruguay. Ils le passèrent et campèrent enfin sur les rives de l’Arroyo Ayni, où ils restèrent quatorze mois. Les Portugais partirent en août 1812 ; les Orientaux purent alors revenir d’exil et recommencer Io siège de Montevideo, où le gouverneur espagnol tenait toujours.

Cependant, il fallait organiser le pays. Un congrès des Orientaux se réunit le 4 avril 1813, et décida de former une confédération avec la République argentine. Mais le gouvernement de Buenos-Aires ne voulait pas d’une fédération où l’Uruguay eût été autonome. Il considérait le pays comme une simple province, et, en décembre 1813, il organisa un gouvernement, prit Montevideo le 23 juin 181 i. Du coup, les Argentins se trouvaient maîtres de la principale ville du pays. Ils pouvaient penser avoir partie gagnée. Ils avaient mis à prix la tête d’Artigas. Mais la fortune des armes tourna contre eux. Un lieutenant d’Artigas, Rivera, les battit à Guyatos le 10 janvier 1815, et les contraignit a se retirer. Débarrassé à la fois des Espagnols et des Argentins, pour la première fois l’Uruguay était libre. Quatre provinces se réunirent à la province orientale et se mirent sous la protection d’Artigas, déclaré protecteur des peuples libres.

Mais il restait environné d’ennemis, Argentins au Sud qui le considéraient comme un révolté, Portugais au Nord qui convoitaient toujours le pays. Ceux-ci prirent prétexte de la