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Page:Revue pédagogique, premier semestre, 1884.djvu/31

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UNE VISITE AU MUSÉE ET À L’ÉCOLE DE SOUTH KENSINGTON

Il me demanda à quelle conviction j’étais arrivée après cette longue étude ; je lui communiquai ma pensée très arrêtée au sujet de l’influence tutélaire du musée sur l’école.

« Vous avez deviné juste, me dit-il ; notre école ne serait rien sans le musée ; dites-le à Paris ; c’est là la véritable cause du succès de nos élèves. »

Pourquoi n’aurions-nous pas, en France, l’équivalent de ce que l’Angleterre a créé à South Kensington et dans les écoles qui en dépendent ? Une école d’art appliqué à l’industrie, où se formeraient des professeurs des deux sexes, répondrait en ce moment à un véritable besoin. Les jeunes filles surtout accueilleraient avec reconnaissance une institution semblable où des talents restés jusqu’à présent presque sans emploi trouveraient l’occasion de se produire au grand avantage de tous[1].

  1. Je dois dire à ce propos quelques mots sur l’origine de ma mission à Londres.

    Il y a vingt ans, en étudiant le rôle spécial de l’ornementation dans l’art, j’eus entre les mains un livre très connu des ornemanistes, un recueil de gravures publié à la fin du xviiie siècle par deux sœurs, Mlles Cauvet. La vigueur et la beauté de ce travail me frappèrent : aucune femme à notre époque ne serait capable d’exécuter une œuvre de cette valeur. Je pensai alors qu’il y aurait lieu d’aider, par des écoles publiques, le développement non seulement des carrières artistiques, comme la gravure, mais d’autres où il est plus facile de réussir, celles des industries où s’appliquent les arts du dessin (faïences, émaux, camées, etc.), carrières très abordables pour les femmes. Je m’informai, et j’appris que rien n’existait, que rien n’avait même été tenté pour atteindre un but qui me semblait si utile. Je fis alors un plan d’école d’application de l’art du dessin à l’industrie pour les jeunes filles, pensant que la ville de Paris serait frappée de l’utilité de cette création. M. Haussmann, alors préfet de la Seine (1863), approuva l’idée, qu’il trouva même excellente, mais prématurée : il fallait attendre, dit-il, qu’un plus grand nombre d’élèves sortit des écoles subventionnées nouvellement ouvertes.

    Trois années s’écoulèrent. M. Thiers, qui s’intéressait à man projet, en écrivit à M. J.-B. Dumas, alors président de la commission du dessin de la ville de Paris. M. Dumas voulut bien s’occuper de mon plan d’école d’application et le soumettre à la commission ; il me donna le conseil de fournir, à l’appui de mon projet, des études critiques sur les envois des écoles à l’exposition universelle qui s’ouvrait (1867). Je fis avec conscience ce travail considérable, et la commission du dessin, par la bouche de son président, voulut bien l’approuver.

    En admirant les envois de l’école de South Kensington à l’exposition universelle, et en causant avec son représentant, M. Burchett, j’avais pu me convaincre que les jeunes filles et les jeunes gens y suivaient à peu près le même programme d’études. Je signalai ce fait dans le plan de l’école d’application. Cependant mon idée, mûrie et complète, languissait encore dans les cartons de la ville en 1870.

    Enfin, en 1883, le hasard m’ayant fait parler un jour de mon projet devant — le ministre de l’instruction publique et M. le directeur de l’enseignement primaire, ils me demandèrent de le leur communiquer. Je rassemblai mes notes, le plan fut recréé ; et comme j’avais exprimé le vœu de revoir l’école de South Kensington, je reçus la mission d’aller à Londres étudier cette école modèle, que je n’avais pas revue depuis 1872.