Aller au contenu

Page:Revue pédagogique, premier semestre, 1884.djvu/521

La bibliothèque libre.
Cette page n’a pas encore été corrigée
511
ÉTUDE ET ENSEIGNEMENT DE LA GÉOGRAPHIE EN FRANCE

nommé, en 1875, pour les signaler. Son principal avantage fut, non pas de substituer, mais d’ajouter pour ainsi dire aux efforts individuels d’un réformateur, éminent entre tous, mais le plus souvent isolé dans sa lutte, les efforts combinés d’une association d’élite inspirée par une même pensée et subissant une direction unique.

Le 6e groupe du congrès (groupe didactique) réunissait quelque-unes des sommités de la science géographique en Europe, parmi lesquelles nous remarquons MM. Dodonoif et Giwatowski de Saint-Pétersbourg, H. Kiepert de Berlin, Erslev de Copenhague, Du Fief et Lequarre de Bruxelles et de Liège, Coello de Madrid, De la Barre du Parcq, Eug. Cortambert, Drapeyron, Dupaigne, et Maze de Paris. Le questionnaire soumis à ses délibérations portait sur l’enseignement et la diffusion de la géographie ; les résolutions qu’il adopta concernaient les méthodes, et la fondation d’une revue spéciale de géographie, destinée à répandre et à faire accepter les idées qu’avait émises le congrès.

C’est donc encore la question de la méthode que nous voyons sur le tapis : tout est là, en effet. La science a beau faire des progrès, les efforts ont beau se multiplier pour hausser le niveau des études, « il ne suffit pas d’accumuler les matériaux, sans s’inquiéter le moins du monde d’un ordre quelconque, logique ou chronologique[1]. » Le 6e groupe demandait trois choses : établir une concordance rigoureuse entre les cours d’histoire et de géographie ; — faire de la topographie le point de départ de l’enseignement de la géographie ; — constituer dans toutes les écoles des musées pédagogiques, dans lesquels la géographie aurait sa large part. C’est ce que M. Drapeyron résumait dans cet axiome : « Pas d’histoire sans géographie, pas de géographie sans topographie. » — Pas d’histoire sans géographie, c’était une fière réponse aux doctrines et aux prétentions de l’ancienne école qui, pendant si longtemps, avait dit : Pas de géographie sans histoire ; et l’auteur précisait ainsi sa pensée : « Désormais il faudra considérer dans leur succession chronologique toutes les grandes questions historiques, et les résoudre par les procédés de la géographie scientifique, telle que l’ont comprise Humboldt, Ritter et Élie de Beaumont. » Mais pour que la géographie puisse véritablement éclairer, ou plutôt expliquer l’histoire, il faut qu’il y ait unité complète dans leur enseignement, ou pour mieux dire un parallélisme étroit entre les matières que l’une et l’autre ont pour mission d’étudier et d’approfondir. Ce sont deux programmes, essentiellement différents jusqu’à ce jour, qui doivent être réduits ou ramenés à un seul : de là un grand allègement pour le travail de l’élève. M. Drapeyron même va beaucoup plus loin. « Qu’on me dise, par exemple : En quatrième, faire connaître le monde romain. Aussitôt je dresse le programme

  1. Nouvelle méthode d’enseignement géographique, par L. Drapeyron (Introduction.)