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intitulé la Formation naturelle dans le fait du système solaire. Au fond, c’est une cosmologie, et le système solaire, qui occupe le premier plan pendant toute l’exposition, n’est en réalité qu’un exemple très-développé, qui n’exclut pas la citation d’autres exemples quand l’auteur en a besoin pour sa thèse très-générale. Quatre observations sur le système solaire forment quatre chapitres étendus (de l’existence, de la naissance, de la mort du système solaire, enfin de l’ordre qui y règne) ; les commentaires accompagnent la description d’une manière en apparence capricieuse, mais en réalité suffisamment méthodique. Ardigò médite de présenter au public un grand ouvrage en plusieurs volumes sous le titre : la Formation historique des idées vulgaires de Dieu et de l’âme ; celui-ci serait le second dans la série. C’est, dit-il, le manque de temps, c’est aussi le hasard d’une occasion inespérée qui l’a engagé à donner ce recueil de réflexions et de faits tel qu’il s’est trouvé dans ses papiers, c’est-à-dire assez informe et mal digéré comme plan. Mais on trouvera, à la lecture, que la libre marche de cette exposition est un charme de plus, parce qu’elle n’enlève rien à la netteté de la pensée et à la fermeté du style, parfois un peu abrupt, mais toujours plein et d’une solidité métallique. Peu délivres font autant penser. Nous chercherons à en extraire la doctrine, laissant au second plan les exemples, comme il convient à une exposition succincte, seule possible ici.

On va voir par cette exposition que la métaphysique n’est pas plus proscrite en définitive par Ardigò que par Angiulli en tant que recherche ; et que ni l’un ni l’autre ne s’interdisent la spéculation sur les principes de l’être et de la pensée. Ils y sont d’autant moins obligés que leurs solutions sur ces questions sont positives, c’est-à-dire excluent l’intervention de l’absolu, ce qui fait rentrer chacune d’elles dans un groupe de faits naturels, soit psychologiques, soit mécaniques. Par là, le positivisme italien diffère beaucoup du positivisme français et du positivisme anglais, qui relèguent la solution des problèmes métaphysiques dans la région de l’inconnaissable et s’interdisent par là même de les agiter. Cette remarque faite, nous laissons la parole à l’auteur, dont nous ne faisons qu’interpréter et commenter çà et là la pensée.

Tout ce qui est n’existe pour nous qu’à la condition de se séparer des autres êtres par certains caractères propres. C’est la différence, la distinction qui constitue l’être des choses. Ainsi l’embryon d’un être vivant quelconque commence par être semblable à la masse de matière organique où il prend naissance ; il s’en dégage peu à peu en se différenciant de ce qui l’entoure. Il en est de même d’une idée dans un esprit, d’une nation dans un groupe ethnique, et, à l’autre