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386 REVUE PHILOSOPHIQUE

kantienne de la causalité mécanique : les travaux sur la physiologie des sens de Weber, de Lotze, de Helmholtz et de "Wundt prouvent, à leur tour, que la théorie de Kant doit s'étendre même aux pro- priétés secondes de la matière, c'est-à-dire aux qualités sensibles. « Même les qualités des impressions sensibles, comme la couleur, le « son.. . ne méritent pas d'être considérées comme quelque chose « d'individuel, de purement relatif, d'où ne découlerait aucune pro- « position à priori et qui ne pourrait fonder aucune objectivité. » L'entendement, dont l'activité réfléchie construit laborieusement le monde du mouvement mécanique, auquel s'appliquent la pensée et l'action du savant, ne déploie pas une moindre activité dans la cons- truction du monde des sens, auquel s'attache la pensée de l'igno- rant. Mais cette activité est ici instinctive, inconsciente; et voilà pourquoi les secrets nous en ont été dérobés si longtemps. L'ignorant ne saisit avec sa conscience que le résultat de ce travail. Démêler le jeu de l'activité organique; analyser le mécanisme physique ou psy- chique : c'est là l'une des plus merveilleuses découvertes de la science contemporaine. « La physiologie des organes des sens est le déve- « loppement ou la justification du kantisme; et le système de Kant « peut être considéré comme le programme des découvertes nou- « velles sur ce domaine. Un des plus habiles chercheurs, Helmholtz, « s'est servi des vues de Kant comme d'un principe heuristique; et « n'a fait que suivre, mais avec plus de rigueur et de conscience, la « même voie où d'autres avaient réussi également à nous faire mieux « entendre le mécanisme de l'activité sensitive. »

La question de la vue droite et de la projection au dehors des objets avait longtemps favorisé la croyance à la réalité externe des objets matériels. Elle a été définitivement condamnée par les tra- vaux de Jean Mûller et d'Ueberweg, et, plus définitivement encore, par la doctrine qu'Helmholtz a fait triompher.

Il en est de même de la croyance à la réalité des propriétés sen- sibles comme le son, la couleur. Il faut l'entêtement systématique d'un Gzolbe pour rester sourd sur ce point aux enseignements de la physiologie. « Remarquons d'abord que le principe fondamental des « appareils sensoriels, surtout de l'œil et de l'oreille, consiste en ceci « que, du chaos des vibrations et des mouvements de toute espèce, « dont nous devons concevoir que les milieux environnants sont rem- « plis, certaines formes seulement de mouvements, qui se répètent « suivant des rapports numériques déterminés , sont en quelque « sorte abstraites par nos organes, relativement renforcées, et arri- « vent ainsi à la perception de la conscience, tandis que toutes les « autres formes de mouvement passent sans faire la moindre impres-

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