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REVUE POUR LES FRANÇAIS

d’itinéraire commercial dont voici l’idée mère : profiter de l’ouverture du Simplon, pour créer des relations directes entre la France et la Russie par l’Italie, la Bosnie, l’Herzégovine, le Monténégro, la Serbie et la Hongrie. La presse italienne s’est emparée de ce projet et l’a chaleureusement prôné. Il ne paraît pas qu’à Paris on y ait prêté une suffisante attention et la chose est d’autant plus singulière que l’idée du « commerce latin » est partie de là. C’est vraiment une des infériorités les plus fâcheuses de l’esprit français que cette facilité à se passionner pour la théorie et cette indifférence persistante à l’égard de la pratique. Du jour où un projet devient réalisable, on cesse de s’y intéresser parce qu’à l’ère des grandes pensées larges, succède celle des petits labeurs techniques… Donc cet itinéraire Sud-Europe n’est pas une poule aux œufs d’or, assurément ; la seule énumération des frontières à traverser et des modes de transports successifs à utiliser évoque la notion d’aléas nombreux, de difficultés matérielles considérables, d’interruptions inévitables… Mais quoi ! cela vaut tout de même un effort et s’il n’en résulte qu’un peu de bon, il n’en résultera toujours rien de mauvais.

La trève.

C’est la seule appellation qu’il convienne d’appliquer à l’entente intervenue entre la majorité hongroise et le pouvoir royal représenté par l’empereur d’Autriche. Il ne s’agit pas d’un traité de paix, encore moins d’une solution. Personne du reste ne doit s’illusionner à Budapest ni à Vienne sur ce point. On continue de marcher vers une séparation désormais fatale et qui pourrait s’accomplir à l’amiable tout comme le récent divorce suédo-norvégien, s’il n’y avait pas ce terrible voisinage de l’Allemagne impériale à laquelle les provinces allemandes de l’Autriche désagrégée voudront nécessairement et devront se rattacher. La crise hongroise n’est qu’un acte de la pièce — tout comme la crise marocaine ; ils se sont joués à la fois sur deux scènes différentes : magnifique perfectionnement théâtral convenant à un siècle pressé. Nous avons déjà indiqué les péripéties de cette crise hongroise : rappelons-les brièvement. Scène première : la Hongrie veut « magyariser » son armée c’est-à-dire la rendre autonome, la dissocier d’avec l’armée autrichienne. François-Joseph refuse. — Scène deuxième : le souverain persistant dans son refus, la