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REVUE POUR LES FRANÇAIS

dans la position qui devait le plus efficacement aider au sauvetage du mannequin. Il arriva, au contraire, que certains de leurs concurrents, moins maîtres de leur direction, passèrent en grand sur le mannequin qui disparut sous le fond de leur bateau pour reparaître quelques secondes plus tard à la surface de l’eau. L’ayant dépassé, ils durent virer pour revenir en arrière. Or leur bachot très lent à virer s’arrête difficilement dès qu’il a commencé à tourner. Il est aisé de conclure. Dans l’espèce, s’il s’était agi d’un sauvetage véritable, les Écossais auraient réussi ; les autres auraient donné le coup de grâce à leur homme, tout en étant également anxieux de le sauver.

Il y avait dans la démonstration offerte par ces Écossais, un fait à retenir, un enseignement à propager après l’avoir mis en pratique sans délai. Nous avons le regret de constater qu’en ce sens rien n’a été fait ni ne se fera, à moins que quelque sportsman désintéressé parvienne à se faire entendre d’une administration, animée à coup sûr du désir de bien faire mais privée, semble-t-il, des services d’un homme compétent en la matière.

Encore un mot. Quiconque s’est trouvé à bord de bateaux anglais en rivière, en rade et en mer, a pu constater, qu’à la différence de ce qui se passe chez nous, les ceintures de sauvetage sont placées de façon à permettre au public de s’en saisir facilement. Il y a eu en Seine des abordages, rares d’ailleurs, entre bateaux de voyageurs. Mais la panique, chaque fois, a été grande parmi les passagers. Si les bateaux qui font le service sur la Seine avaient été munis de ceintures de sauvetage en nombre suffisant et à portée du public, l’effroi et le désordre qui s’ensuit naturellement, eussent été beaucoup moins grands. Les bouées volumineuses, en très petit nombre et peut-être pas faciles à décrocher dont ces bateaux sont pourvus, ne pourraient rendre de services appréciables en cas d’abordage grave. Leur destination semble se réduire à être jetées au secours d’un passager unique qui tomberait par-dessus bord. On aurait tort d’ailleurs d’imputer cet état de choses à l’incurie des compagnies ; celles-ci n’ont garde d’enfreindre les dispositions qui réglementent leur service. Ne serait-ce que pour mettre leur responsabilité à l’abri, elles les observent à la lettre. C’est plus haut qu’elle qu’il faudrait viser, là où siège, indétrônable, Sa Majesté la Routine.


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