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L’ACTUALITÉ MAROCAINE

leurs, on détermine leur nombre en considérant l’importance des marchés d’approvisionnement ; dans la campagne, on en sait moins encore ; dans le désert, on ne sait rien du tout. Ainsi tous les calculs sont fantaisistes. Certains voyageurs nous assurent que les territoires du Maghreb el Aksa — l’Extrême-Occident — renferment vingt-cinq millions d’âmes ; d’autres nous disent qu’il en contient à peu près dix. Nous laissons au lecteur le soin de se débrouiller entre ces données incertaines et contradictoires. Un fait est sur : le Maroc, suffisamment peuplé, l’emporte en densité humaine sur l’Algérie, la Tunisie ou la Turquie d’Asie.

Il nous semble inutile de raconter ici l’histoire des populations marocaines. Nous ne sommes pas une encyclopédie, nous ne bâtissons pas des monuments pour les siècles futurs. Vous nous saurez gré de vous renvoyer aux ouvrages spéciaux et aux dictionnaires à propos de ces matières encombrantes mieux faites pour remplir un article que pour le rendre intéressant. Vous savez tous, d’ailleurs, — ou vous êtes censés le savoir — que sous la dynastie des Ahnoravides, au xie siècle, l’empire du Maroc couvrait l’immense espace qui va des rives de l’Èbre à celles du Niger, de Saragosse à Tombouctou ; vous savez que les Portugais furent les premiers Européens installés sur la côte marocaine, au xve siècle ; vous savez qu’au xviie siècle un sultan du Maroc exécuta l’original projet d’envoyer au roi Louis xiv une ambassade extraordinaire pour lui demander la main d’une fille de France, la princesse de Conti ; vous savez qu’en 1805 le chérif décerna à l’empereur des Français le titre de roi des rois. Que vous importe ? et que reste-t-il de tout cela ? Des légendes, des souvenirs, et rien de plus. Le successeur des triomphants Almoravides n’est pas même le maître chez lui ; les Portugais ont quitté ces rivages ; la dynastie marocaine est restée de pur sang arabe ; l’empire français s’est écroulé, et, avec lui, ses conquêtes mal assises. N’en parlons plus, n’est-ce pas ? Disons plutôt un mot du gouvernement chérifien.

De même que « le Maroc » est une expression géographique, pareillement « l’empire marocain » n’est qu’une expression diplomatique. Le sultan — Moulay Abdul Aziz, de la dynastie arabe des chérifs filali — n’a d’un « autocrate absolu » que le titre qu’il se décerne à lui-même. En réalité, les deux tiers du pays échappent à sa juridiction.

Pour l’administration et le gouvernement, le Maroc se divise en deux parties : le bled el makzen et le bled el seba, pays d’autorité