Page:Ribot - Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome 73.djvu/5

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LE « VOLONTARISME INTELLECTUALISTE »


Un soir de manœuvres, quand les engagements de la journée ont été vifs et multiples, le général réunit ses officiers sur le terrain et signale à chacun ce qu’il a trouvé de bon ou de mauvais dans ses opérations. Il note les initiatives intelligentes et les fautes de tactique, blâme quelquefois un succès qu’il considère comme un heureux accident, et qui aurait dû normalement tourner en déroute. II rapproche les faits du jour des exemples historiques qui peuvent les éclairer ; il rappelle les instructions qu’il a lui-même données d’avance ; au poids de son autorité s’ajoute celui de sa longue expérience. Une des premières impressions qu’on éprouve, en lisant le nouvel ouvrage de M. Fouillée 1, c’est d’entendre la critique, parfois un peu brusque, parfois un peu sommaire mais toujours vigoureuse et souvent topique d’un chef dont la verte vieillesse a gardé toute l’ardeur de ses campagnes philosophiques.

A cette critique se mêle par moments une certaine tristesse, celle d’un homme à qui l’on n’a pas toujours rendu justice. Dans l’explosion triomphante du volontarisme contemporain, nombreux sont les autodidactes qui ne se rappellent pas, ou qui peut-être n’ont jamais sû que La Liberté et le Déterminisme, publié en 1872 a pour dernier mot la théorie de la croyance, réalisant elle-même sa propre vérité 2; que la Psychologie des Idées-forces repose tout entière sur l’idée de la continuité et de la solidarité des phénomènes psychologiques 3, qu’elle met en lumière le rôle de l’utilité individuelle et sociale dans la sélection des sensations et la genèse


1. A. Fouillée, Les Pensée et les nouvelles écoles anti-intellectualistes, 1 vol. in-8 de xvi-415 pp., Paris, Alcan, 1911. L’expression « volontarisme intellectualiste » est employée par M. Fouillée lui-même, p. 404, pour désigner sa doctrine.

2. Ibid., p. 277-278 et 285-287.

3. Ibid., p. 47-51.