Page:Richardson - Clarisse Harlove, II.djvu/44

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qui se sent alors porté à douter d’un mérite auquel il accorderait peut-être ce qui lui est dû, s’il le voyait accompagné de modestie. Vous me trouverez fort grave, et je le suis en effet depuis lundi au soir. M Lovelace est extrêmement tombé dans mon opinion. Je ne vois plus rien devant moi qui puisse me donner une favorable espérance. Qu’attendre d’un esprit si inégal ? Je crois vous avoir marqué que j’ai reçu mes habits. Vous m’avez causé tant d’agitation, que je ne suis pas trop sûre de l’avoir fait, quoique je me souvienne d’en avoir eu le dessein. Ils me sont venus jeudi dernier ; mais sans la petite somme, et sans mes livres, à l’exception de Drexel sur l’éternité, de l’instruction sur la pénitence , et de Français Spira . C’est apparemment un trait d’esprit de mon frère. Il croit bien faire de me présenter des images de mort et de désespoir. Je désire l’une, et je suis quelquefois sur le bord de l’autre. Vous serez moins surprise de ma gravité, lorsqu’aux raisons que vous connaissez, et à l’incertitude de ma situation, j’aurai ajouté qu’on m’a remis, avec ces livres, une lettre de M Morden. Elle m’a fort indisposée contre M Lovelace, et je dois dire aussi contre moi-même. Je la mets sous cette enveloppe. Prenez la peine, ma chère, de la lire.



M Morden à Miss Clarisse Harlove.

à Florence, 13 avril. J’apprends, avec un extrême chagrin, le différend qui s’est élevé entre toute une famille qui m’est si chère, et qui me touche de si près par le sang, et vous, ma très-chère cousine, qui avez des droits encore plus particuliers sur mon cœur. Mon cousin a pris la peine de m’informer des offres et du refus. Je ne trouve rien de surprenant d’un côté ni de l’autre. Que ne promettiez-vous pas, dans un âge peu avancé, lorsque j’ai quitté l’Angleterre ? Et ces charmantes espérances se trouvant surpassées, comme j’ai pris souvent plaisir à l’entendre, par l’excellence de toutes vos perfections, je conçois que vous devez faire l’admiration de tout le monde, et qu’il y a très-peu d’hommes qui soient dignes de vous. Monsieur et Madame Harlove, les meilleurs parens du monde et les plus remplis d’indulgence pour une fille qu’ils ont tant de raison d’aimer, ont donné les mains aux refus que vous avez fait de plusieurs partis. Ils se sont contentés de vous en proposer un plus sérieusement, parce qu’il s’en présentait un autre qu’ils ne pouvaient approuver. Ils ne vous ont pas supposé apparemment beaucoup d’aversion pour celui qu’ils vous offraient ; et, dans cette idée, ils ont suivi leurs propres vues, un peu trop vîte peut-être pour une jeune personne de votre délicatesse. Mais, lorsque tout s’est trouvé conclu de leur part, et qu’ils ont cru vous avoir assuré des conditions extrêmement avantageuses qui marquent la juste considération dont la personne qu’ils vous destinent est remplie pour vous, vous vous éloignez de leurs désirs avec une chaleur et une véhémence où je ne reconnais pas cette douceur naturelle qui donne de la grace à toutes vos actions. Je n’ai jamais eu d’habitude avec aucun des deux prétendans ; mais je connais M Lovelace un peu plus que M Solmes. Ce que je puis dire,