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Page:Rilke - Poésie (trad. Betz).pdf/37

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son siècle, et c’est ce contraste même qui, peut-être, le fait si grand. La solitude qui lui est imposée, il l’appelle jusqu’à cet « abus d’intimité avec le silence » dont s’étonnait Paul Valéry. Le temps pur où il s’est enfermé de plus en plus, avait vraiment cette transparence d’une vie trop égale qui, « à travers les jours identiques, laissait distinctement voir la mort ».

Mais cette place qu’il avait faite à la mort dans sa vie, voici que la vie est en train de la reprendre dans sa mort. On n’attache pas à son lit la plus terrible des compagnes, sans à la longue prendre sur elle quelque pouvoir. Deux fois mort, en Eurydice et dans son corps mortel, l’homme se survit plus sûrement dans le chant d’Orphée.

Rilke, l’écho de votre voix n’est pas encore perdu et je n’ai même pas eu le temps d’habituer mon esprit à la pensée de votre absence. Tous ces livres qui témoignent de vous, ils sont là, ouverts sur ma table, à la page de ce vers que je voulais retrouver, de cette phrase où il me semblait mieux reconnaître votre visage.

Cette œuvre, elle n’est donc pas vaine, puisque, en elle, nous retrouvons ce que vous avez craint, désiré, senti, des années durant, cette voix qui est vôtre aussi, mais plus réelle et plus durable que l’autre, — qui est