Page:Rimbaud - Poésies complètes, Vanier, 1895.djvu/137

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IV

Regret des bras épais et jeunes d’herbe pure !
Or des lunes d’avril au cœur du saint lit ! Joie
Des chantiers riverains à l’abandon, en proie
Aux soirs d’août qui faisaient germer ces pourritures !

Qu’elle pleure à présent sous les remparts : l’haleine
Des peupliers d’en haut est pour la seule brise.
Puis, c’est la nappe, sans reflets, sans source, grise ―
Un vieux dragueur, dans sa barque immobile, peine.


V

Jouet de cet œil d’eau morne, je n’y puis prendre,
Ô canot immobile ! ô bras trop courts ! ni l’une
Ni l’autre fleur : ni la jaune qui m’importune,
Là ; ni la bleue, amis, à l’eau couleur de cendre.

Ah ! la poudre des saules qu’une aile secoue !
Les roses des roseaux dès longtemps dévorées !…
Mon canot toujours fixe ; et sa chaîne tirée
Au fond de cet œil d’eau sans bords — à quelle boue ?