Page:Rocheblave - Pages choisies des grands ecrivains - George Sand.djvu/29

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lettres où elle ne montrait encore que de l’abondance, et quelques pages de journal intime, où son talent comme épanoui dans l’ombre ne se révélait pas même à ses yeux. Il fallait d’autres circonstances pour l’attirer à la lumière, pour le préciser par le contact avec les objets, le fortifier par la lutte avec les idées et les sentiments. Ce fut l’œuvre de la vie d’abord, de cette vie gênée et dure que cette femme de lettres (le plus souvent déguisée en homme par économie), mena durant plusieurs années à la recherche d’un gagne-pain. Mais ce ne fut pas moins l’œuvre de ses amis littéraires, de ces précepteurs sans le savoir qu’un talent indécis trouve toujours dans le voisinage d’autres talents plus accusés dans leur forme, plus nets, mieux dégagés. La pratique du métier est là pour quelque chose, le sexe pour beaucoup. Femme, George Sand devait subir, au début surtout, des influences d’hommes. Jamais elle ne nia ce qu’elle leur devait. Sa grande modestie l’eût plutôt portée à diminuer son propre mérite, et à exagérer celui de ses éducateurs. Qu’on en juge :

« Je suis venue sur la terre avec le goût et le besoin du vrai ; mais je n’étais pas une assez puissante organisation pour me passer d’une éducation conforme à mes instincts, ou pour la trouver toute faite dans les livres… Mon esprit, à demi cultivé, était à certains égards une table rase, à d’autre égards une sorte de chaos. L’habitude que j’ai d’écouter, et qui est une grâce d’état, me mit à même de recevoir de tous ceux qui m’entourèrent une certaine somme de clarté et beaucoup de sujets de réflexion… Parmi