Page:Rodenbach - L’Élite, 1899.djvu/259

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C’est pour cela sans doute que si souvent, à l’étranger, nous avons trouvé chez les esthètes, les personnes de goût, telle affiche de lui, tel pastel. Villiers de l’Isle-Adam, dans un de ses contes d’extraordinaire imagination, proposait « l’Etna chez soi ». Posséder une œuvre de M. Chéret, c’est avoir, chez soi, Paris.

Mais si son idéal de la joie est tout français, ce qui vient de Londres c’est la qualité de cette joie, souvent déterminée par le souvenir des Édens et concerts londonniens, c’est-à-dire alors une gaîté plutôt britannique, cette gaîté maquillée, désarticulée, qui rit comme chatouillée jusqu’à en devoir mourir, et qu’on craint obligatoire à la façon de celles des clowns.

Il y a même dans son œuvre un point de jonction des deux influences, qui est curieux : un jour, pour l’illustration du Pierrot Sceptique de MM. Huysmans et Hennique, M. Chéret inventa le Pierrot en habit noir, le Pierrot que rien ne réjouit plus. Ce Pierrot en demi-deuil n’est autre que le Gilles français de Watteau qui a pris, à Londres, le frac macabre des Hanlon-Lee.

N’importe ! il faut amuser. Le gaz s’allume aux façades de plaisir. L’orchestre chante. L’affiche aussi sonne sa fanfare de couleurs pour la parade de la porte. Et quel cuivre sonore que ce joli jaune si aigu, si spécial dans toutes les affiches de M. Chéret.