Page:Rodenbach - L’Élite, 1899.djvu/260

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Il existe un bleu dont je meurs,
Parce qu’il est dans les prunelles.


a dit finement M. Sully-Prudhomme. Il est un jaune dont je ris parce qu’il est dans ses affiches — un jaune ravigotant comme la pelure des citrons.

Sur la pierre lithographique que l’artiste prépare pour le tirage de ses affiches, il met toujours ce jaune, avec du rouge, avec du bleu. Trois couleurs seulement, primordiales, sont possibles. Il les pose en trois motifs principaux qu’il gradue, nuance, augmente, dégrade — sur la maquette d’abord, traitée en gouache, avec des frottis de pastel, puis sur la pierre où il transporte cette maquette.

Mais l’œuvre de M. Chéret ne se compose pas seulement de ses admirables affiches. Par elles, il se devinait déjà un décorateur de race, puisqu’il en orna les murs avec un sens décoratif large, délié, expert aux lignes harmonieuses.

Depuis, son talent s’est agrandi extraordinairement. Après ses affiches, fantaisies à un seul personnage, il se mit à faire de la peinture à l’huile, des décorations proprement dites, comédies shakespeariennes avec de multiples acteurs, des mouvements de foule:une pour le musée Grévin, seulement à l’état d’esquisse, qui formera une allée de danseuses, les bras levés en voûte; une pour l’Hôtel-de-Ville qui ornera