Page:Rodenbach - L’Élite, 1899.djvu/80

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VERLAINE




Verlaine apparaîtra un irrégulier et un révolté du Parnasse comme Musset fut un révolté du Romantisme. Celui-ci sacrifia, à ses débuts, aux disciplines du moment. Il publie les Contes d’Espagne et d’Italie, il rime avec une richesse soigneuse, parce qu’Hugo en a donné le précepte, mit l’exotisme à la mode par Les Orientales, exhuma de ses souvenirs d’enfance le soleil et les cors historiques de l’Espagne.

Verlaine aussi dans ses Poèmes saturniens semble accepter l’idéal antique et barbare de Leconte de Lisle auquel tous, d’ailleurs, se conforment. Ses vers sont hérissés de noms farouches, orthographiés bizarrement : Ragha, Valmiki, Kchatrya. On dirait des tessons de bouteilles sur une grève de sable doux où déjà approche une mer qui chante. Car çà et là apparaît un vers d’intonation câline, musique et frisson, germe de tout le futur :

L’inflexion des voix chères qui se sont tues.