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CHOSES DE L’ENFANCE

Dans les processions, sur de grands piédestaux,
Avec un tremblement le long de leurs manteaux !

Et voici qu’elles vont, Communiantes pâles,
Vers les portails noircis des grandes cathédrales
Et vers les roses nefs des chapelles en fleur
Où, pour réconforter leur jeûne et leur pâleur
Par des blancheurs de ciel qui leur soient assorties,
Jésus leur a dressé la table des Hosties !

Mais demain dans la rue on va déjà les voir
Passer dans leur costume uniformément noir
Sans qu’on les reconnaisse, et sans qu’aucun devine
Le frisson vaporeux qu’avait la mousseline
Sur leur corps vierge et pur, presque immatériel,
Tellement qu’on eût dit qu’elles venaient du ciel !
C’est fini pour toujours des robes défraîchies,
Des rêves de l’enfance et des branches fléchies
Sous le fardeau des fleurs toutes blanches d’avril.
Leurs âmes qu’exaltait un bonheur puéril
Et qui s’ouvraient dans l’aube au printemps des années
Verront tomber aussi leurs floraisons fanées
Comme les arbres noirs défleuris sans retour,
Car les grâces du blanc sont des grâces d’un jour !