Page:Roger de Beauvoir - Le Chevalier de Saint-Georges, v3, 1840.djvu/72

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LE CHEVALIER DE SAINT GEORGES.

moi qui vous parle ! il est vrai que ce n’était pas avec un fleuret !… J’irai le voir, il m’accueillera ! Je consens de grand cœur à le servir, et pourvu que j’aie à moi mon petit dimanche pour aller voir mes anciens amis de Bercy… qui me donneront peut-être des nouvelles de Rosette…

Ici M. Platon retomba dans un de ses attendrissemens conjugaux, il tira même son mouchoir. Ce mouchoir avait l’air d’un drapeau percé de balles tant il était troué, rapiécé, noir de tabac.

— Monsieur le chevalier, s’écria Platon en embrassant les mains de Saint-Georges, décidez de mon sort, je suis à vous ! Un des amis de votre valet m’a dit qu’il était parti, que vous l’aviez même chassé à grands coups de pied, parce qu’il vous manquait de l’or ; prenez-moi à votre service, vous me connaissez, je suis honnête !…

— Il est vrai que tu n’es plus intendant !

"Mais, ajouta Saint-Georges, touché de l’air humilié de son ancien maître, je ne veux pas que tu endosses la livrée de M. Jasmin ! Ouvre cette armoire, tu y trouveras une robe d’heiduque

— Qu’est-ce que cela, une robe ? heiduque ou eunuque ? fit avec effroi Joseph Platon ; déguiser mon sexe sous une robe ! Allons, monsieur, c’est bon pour le chevalier d’Éon !

À cette réponse qui servait une des antipathies secrètes de Saint-Georges, il sourit ; on était toujours sûr de le prendre par l’amour-propre. La livrée d’heiduque, reprit-il, en étalant lui-même