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[À BOSC, À PARIS[1].]
Le 4 juillet 1785, — de Villefranche.

[Nous sommes de retour depuis deux jours, fort en l’air, très occupés de beaucoup de choses de correspondance et autres qui sont un peu demeurées en arrière, et d’affaires de ménage qui redemandent la vigilance accoutumée, sans compter ces petites misères dont chacun a son lot dans ce monde.

Je suis loin d’avoir cette aimable tranquillité dans laquelle on se plaît à causer avec ses amis, surtout quand ils sont dans la disposition et les circonstances où vous vous trouvez. Je voudrais m’entretenir doucement avec vous sur les hasards et les avantages des deux partis entre lesquels vous avez fait un choix ; sur la folie de se consumer en vains regrets quand on a eu de bons motifs pour se déterminer ; sur la chimère et vide de cette gloire pour laquelle on fait tant, qui nous trahit presque toujours et ne conduit jamais au repos par lequel on voudrait finir et qu’on ne cherche, inutilement pour l’ordinaire, qu’à rendre plus doux par elle. Je voudrais mettre dans votre tête quelques grains de plus de philosophie en échange de cet excès de chaleur hâtive, qui produit de bons effets et de grands tourments ; je crois que tout cela, administré par la douce amitié, pourrait vous être de quelque agrément, et serait certainement un soin touchant pour moi ; mais les choses me pressent, le temps m’entraîne], et je passe aux affaires dont je suis nécessitée à vous entretenir.

En arrivant ici, nous avons trouvé les caisses de nos gravures, livres et vases. Quelques gravures sont très plissées, froissées, enfin gâtées ; des deux vases, le socle de l’un est endommagé et a l’un de ses rebords cassé ; la petite base de l’autre est séparée en deux morceaux et sera

  1. Bosc, IV, 93 ; Dauban, II, 534 ; — ms. 6239, fol. 256-257.