Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/625

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soin égal, puis le grand ouvrage par-dessus tout, la suite de l’entreprise encyclopédique, qu’enfin il est besoin de reprendre[1]. D’après quoi, attendez-vous à être tourmenté comme un démon ; déjà l’on se plaint de ce que vous ne parlez plus de M. Audran, de ce que vous paraissez le négliger, etc. ; il faut le voir, le suivre, le presser, obtenir beaucoup de choses, beaucoup le pousser pour en avoir davantage, ainsi du reste. Vous avez eu des mémoires de questions sur les pelleteries ; il faut chercher, les remplir et nous les envoyer ; nous songeons tout de bon à ce grand travail ; il faut tout mettre en l’air, tout mettre en œuvre pour rassembler, multiplier et compléter les matériaux ; partez de là, réunissez votre zèle pour les connaissances à celui de l’amitié, et servez-nous comme vous savez et pouvez faire.

Autre chose, monsieur le naturaliste, chimiste, etc. : employez vos lumières au bien de l’humanité. Vous saurez que nous avons des vipères au Clos, qu’un enfant de douze ans vient d’en être piqué et est mort en moins de vingt-quatre heures. Trouvez-nous un remède sûr et facile qu’on puisse avoir partout sous la main, et même avec soi ; il s’agit de l’humanité et peut-être de vos amis. Déjà nous rencontrâmes, il y a cinq ans, à mon premier voyage ici, dans notre enclos, près de la maison, une vipère que mon Roland tua, même sans sa Durandal ; mais j’ai une Eudora qui s’échappera quelquefois au jardin de dessous mes yeux, qui peut rencontrer dans une allée écartée, sous l’herbe, ce terrible reptile… Grand Dieu ! le cœur me manque et je hais le Clos. C’est bien vrai, au moins ; plus d’une raison nous dégoûte de cette campagne : nous avons abandonné le projet d’y rebâtir ; et si vous, qui savez tant de choses, appreniez par hasard qu’il se trouve à vendre, près de Villefranche ou sur la route d’ici à Lyon, une jolie maison avec un beau jardin, de bonnes eaux, en belle vue et bons fonds, avertissez-nous pour que nous en fassions l’acquisition. N’est-ce pas une bonne folle que l’idée de vous faire chercher cela ? C’est que c’est une chose difficile et rare, à notre grand regret.

Eh bien, le pauvre Lanthenas est donc délié[2] ? Nous le verrons, j’espère,

  1. Nous avons déjà dit que le premier et le second volume du Dictionnaire des Manufactures avaient paru (1784 et 1785) et que Roland allait commencer le troisième ; son traité avec Panckoucke est daté de Lyon, 16 août 1785.

    La pièce, qui se trouve aux Papiers Roland, ms. 9532, fol. 162-163, est de l’écriture de Madame Roland et signée par son mari.

  2. Il ne peut y avoir là une allusion à la mort des parents de Lanthenas, car sa mère ne mourut, ainsi que nous l’avons dit, que le 31 août 1786, et son père un an