Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/646

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et les voix se partageront entre Morel et celui quelconque qui se présentera. Voilà tout ce que j’ai pu tirer au clair sur ce chapitre.

Jeannin[1] n’avait rien acheté ; ainsi tu es parfaitement libre pour les verres : j’avais oublié de te l’exprimer dans ma lettre de dimanche, que tu as sans doute reçue avec les papiers du docteur. Ne songes-tu pas à faire chercher du papier vert pour achever le vestibule ? Chaillé[1] est encore venu hier pour cette besogne ; à défaut de la même nuance, la plus approchante serait mieux que rien.

J’ai fait parler au fumiste pour ma cheminée ; il accommodera cela mieux qu’aucun gâcheur de ce Roche[1] ; je l’attends un de ces jours.

Tu sauras que ce donateur prétendu, ce curé de Saint-Julien[2], est mort ; l’affaire ne s’en suivra pas moins. On a volé une maison et assassiné une petite fille dans cette paroisse de Saint-Julien. Quelques histoires de cette espèce faisaient dire, à je ne sais qui, que plusieurs auteurs, physiciens, médecins, etc., avaient remarqué que la fin de l’automne était toujours la saison des plus grands crimes, et cela par des raisons physiques qu’on déduisait d’une manière plausible.

Eudora prend, depuis deux jours, les yeux battus, la langue jaune et un peu de toux ; je la tiens à la diète et la purge demain. Tu juges qu’au milieu de ces misères je n’ai rien fait au début ; à peine suis-je entrée au cabinet depuis dimanche. Je passe les matinées en petits soins, le reste du temps chez mon frère ; je lui fais un peu de lecture et je couds. Notre mère a eu hier ce qui lui arrive toujours le lendemain de ses petites débauches ; je doute cependant si elle ne recommence pas aujourd’hui.

Le frère me disait hier qu’il te répondrait. Tu connais la famille ; tu sais qu’on n’y voit pas sans quelque peine combattre ses propres opinions sur ce qu’on estime être le meilleur. Mais comme, sous cela,

    trative de l’hôpital »), qui pourvoyait aux charges et offices de la maison. (Voir L. Missol et Cl. Perroud, Les Roland en Beaujolais au XVIIIe siècle

  1. a, b et c Jeanin, Chaillé, Roche, ouvriers de Villefranche.
  2. Saint-Julien, village du Beaujolais, à 8 kilomètres de Villefranche.