Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/662

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établis pour qu’un petit air de province puisse les altérer ; tandis que vous, au contraire, n’avez qu’à peine secoué votre première rouille. Il y parait bien, en vérité ; vous avez tout le gros amour-propre d’un provincial et vous allez croire qu’une femme vous boude ; vous le croyez, parce que vous vous reconnaissez des retards, des… je ne sais quoi, que vous présumez qu’elle a vus avec peine ; ç’aurait été bien assez de présomption que de soupçonner qu’ils eussent été seulement remarqués.

Consolez-vous, mon pauvre provincial ; la ménagère se ressouvient encore de son Paris et n’est point montée sur des échasses.

Le réquisitoire me paraît une excellente pièce pour faire connaître l’ouvrage proscrit, et je n’en fais pas dédain comme vous le faites vous-même.

Nous nous sommes passés des renseignements pour l’oraison funèbre ; mais Dieu sait aussi comme c’était maigre et sec ! Du reste, grande cérémonie, beaucoup de solennité, de décence et un air de grande ville. Voilà, Monsieur, le spectacle qui a fait variété au milieu de nos bals ; Dieu merci, nous allons nous reposer de la mangeaille comme de la danse.

Vous ne nous dites pas un mot de nouvelles, de gentillesses, de petites intrigues, des inventions brillantes, etc. Voilà ce dont on peut savoir mauvais gré à un homme quand il écrit ; mais le bouder de ce qu’il songerait un peu moins à ses amis ou garderait de plus longs silences, c’est une grossièreté, un ridicule que les gens du bon air ignorent parfaitement.

Adieu ; vous avez des lycées dont les lumières s’étendent jusqu’à nous, et dont je vous félicite bien. Je ne sais si l’inspecteur a quelque chose à vous dire ; il est en affaires dans ce moment avec un Englishman ; je laisse la place et vous souhaite un heureux jour.


P.-S.[1] Quand on nous expédiera les planches gravées du Diction-

  1. Ce P.-S. a été biffé dans l’autographe.