Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/666

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signation : mon frère vient de me remettre le papier paraphé que je joins ici ; je lui ai dit qu’il me semblait que le lieutenant général[1] avait dû t’en confier un autre pour servir de comparaison ; le frère m’a répondu que tu avais les tiens qui remplissaient cet objet. Il faudra donc réitérer l’assignation ? Mais ce ne peut plus être qu’au retour de la paperasse que je t’envoie.

Je présume que peut-être on aura trouvé quelque commission pour faire absenter le personnage, dans la crainte qu’il ne soutint pas bien son rôle. Ce serait une chose curieuse à savoir ; mais ce ne sera pas moi qui l’apprendrai. Je n’ai pas envie de me bouger, dans ce petit trou où le moindre mouvement fait élever tant d’insectes[2].

Eudora conserve un peu de mal-être ; je la liens à la diète ; elle est triste et pleureuse on ne saurait davantage ; je lui donnerai demain de la mousse de Corse.

Nous lisons cependant, mais nous faisons tout maussadement aujourd’hui ; je l’ai envoyée à la promenade comme à l’ordinaire. Mme Prévd[Préveraud] garde son logis ; les malins disent qu’elle envoyait souvent, ces jours derniers, chez le petit officier ou qu’elle le recevait chez elle ; il est parti aujourd’hui pour quelques jours.

Les gens graves s’en tiennent à croire que c’est le dérangement de ses affaires qui a fait absenter le mari, dérangement dont on pense que la femme n’a pas d’idée.

Que fais-tu ? Comment va la santé ? Donne-moi de tes nouvelles, vite et long, s’il est possible ; amitiés sans nombre à notre belle amie[3] et à sa chère famille.

Aie bien soin de toi et de tout ce que je t’ai recommandé pour ton bien et ma tranquillité. Je ne suis plus qu’une pauvre moitié, mais qui vaut encore par tout ce qu’elle sent pour l’autre.

Il se fait tard ; je t’embrasse de tout mon cœur, avec les yeux comme tu sais.

  1. Guerin de la Colonge, lieutenant général civil et criminel de la sénéchaussée. — Voir lettre du 19 mars 1785.
  2. Nous n’avons pu trouver de quelle affaire il est question ici.
  3. Mme Chevandier.