Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/763

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la part de son frère ; l’autre frère, ingénieur, est chargé du pont de Louis XVI à Paris, sous M. Perronet[1], avec huit mille livres d’appointement et rèsidence dans la capitale.

En voilà assez pour un trait de plume ; adieu, mon cher et unique ami ; je t’embrasse de tout mon cœur.


Le 14.

Je suis, avec Lanthenas, en querelle assez sérieuse en ce qu’elle se termine fort cérémonieusement : j’ai trouvé de la négligence, et de celle que l’amitié réprouve, dans son retard et sa manière de me répondre ; je l’en ai grondé avec la franchise et la liberté de l’amitié ; il a trouvé à son tour que j’avais tort ; je lui ai répondu définitivement avec une polilesse et une gravité qui lui feront regretter de n’être plus grondé. Il s’ennuie déjà de son tracas d’affaires, et cela le rejette dans une sorte d’apathie sur laquelle à n’aime point à être prêché. Soit que cela influe jusque sur ses liaisons, ou que je le voie ainsi parce que cela fait contraste avec l’activité dont je fais cas, je lui ai voulu mal de son indolence. Il m’aura, par suite de sa disposition, trouvée injuste ou exigeante ; cela ne raccommode pas ses affaires dans mon esprit, et je sens que je le boude d’autant mieux que je n’en ai pas l’air.

J’ai reçu, hier au soir, un bel envoi de Dieppe[2] : un baril de harengs salés, un panier de harengs saurs ; il y avait de plus d’annoncées deux poignées de morue qui sont demeurées je ne sais où, peut-être à Mâcon, et après lesquelles on cherche. J’attends d’en être [en] possession pour accuser la réception du tout et en faire mes remerciements.

  1. Jean-Rodolphe Perronet, « premier ingénieur des ponts et chaussées de France » (Alm. royal de 1786, p. 565), le célèbre collaborateur de Trudaine. — Au même Almanach royal nous trouvons, p. 567, parmi les « ingénieurs du Roi pour les ponts et chaussées » le nom de « M. Dumoustier en résidence à Compiègne ». C’est lui, sans doute, bien que Madame Roland l’appelle Desmoutier, qu’après la construction du pont de Sainte-Maxence on appelait à Paris
  2. Des frères Cousin.