Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/786

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tandis que tu aurais eu tant d’allées et venues agréables à faire. Il se fait tard, je vais me coucher, toute occupée de toi, du désir de te voir paisible et heureux. Adieu, […] cher et tendre ami ; adieu, viens […][1] sein de ton amie, adoucir cette teinte mélancolique ; pourrais-tu la garder dans la jouissance de la confiance et de l’amitié ? Je t’embrasse de tout mon cœur.


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[À LANTHENAS, À PARIS[2].]
9 octobre [1787, — du Clos].

Je reçois, mon bon et cher frère, avec votre lettre, celle de ma digne tante et en même temps une de mon père.

Je ne puis vous dire à quel point je suis peinée de ce défaut de franchise qui ne permet de compter sur rien. Vous aurez encore reçu de moi une épître particulière pour M. B[esnard]. Je la fis dans l’effusion des sentiments divers dont j’étais agitée ; j’espère qu’il ne s’en sera pas blessé.

Mon père insiste encore aujourd’hui et me répète que, d’après ce que M. B[esnard] lui a dit plusieurs fois en tête-à-tête, il ne peut et ne doit pas s’éloigner.

Il se pare ensuite de délicatesse pour ne pas quitter Paris, où il a, dit-il, quelques petites dettes et des créances pour les acquitter ; comme si, dans ce cas, on ne pouvait prendre des arrangements en conséquence ! Il s’en faut peu qu’il ne se plaigne comme si on lui conseillait une chose honteuse, ce qui est presque plaisant d’après la lettre si vigoureuse que mon mari lui écrivit il y a quelques mois. Enfin il se lamente, se désole, et finit par m’apprendre qu’il a arrêté sa pension et donné des arrhes chez M. et Mme Bussy, rue des Fossés-Saint-Jacques, tenant pension bourgeoise, à Sainte-Scholastique ; qu’il attend que j’en fasse payer le premier quartier ainsi que le terme échu, d’autant qu’il a mis écriteau pour son appartement actuel.

  1. Déchirure du papier.
  2. Ms. 6241, fol. 229-230.