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l’avancement ? Causez à votre tour, donnez-nous de vos nouvelles et resserrons l’antique amitié.


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[À BOSC, À PARIS[1].]
24 octobre [1787, — du Clos].

J’aime que vous partagiez ma colère contre ces éternelles mangeailles et cette maussaderie de logement ; si j’étais la maîtresse ou seulement avec mon pigeon, je ne donnerais à manger de trois ans, et je me ferais de jolis appartements en ville et un bijou au Clos : mais j’ai bien l’air de ne pas aller en paradis si vite.

Il fait ce qu’on appelle ici la bise. Je me chauffe comme à Noël ; on voit à peine aux champs la petite véronique et l’anagallis ; les haies n’ont que des violettes et des primevères entr’ouvertes au milieu de leurs feuilles. J’ai trouvé une espèce d’insecte qui ressemble aux petits carabes des cabinets et qui courent dans les papiers, mais beaucoup plus gros, qui s’était logé dans une coquille d’escargot, précisément comme le Bernard l’ermite dans celle qu’il a adoptée. J’avais le projet d’aller à Lyon le mois prochain ; les affaires de ménage m’en empêchent ; je le regrette, parce que je suis empressée de perfectionner ma connaissance avec Mme de Villiers : c’est la seule femme que je voie me convenir dans ces parages ; elle est honnête, aimable, douce, modeste

  1. Bosc, IV, 118 ; Dauban, II, 560. — Cette lettre est mise par Bosc au 24 octobre 1787. Barrière, qui l’a donnée aussi (t. I, p. 323), la met au 24 octobre 1786. Mais nous croyons qu’ils se trompent tous deux, et qu’il aurait fallu placer la lettre à la fin de mars 1785 (le 24, si on conserve la date du jour), pour les raisons suivantes :

    1° Il ressort de sa lettre que Madame Roland, depuis son retour au Beaujolais, n’était pas encore allée à Lyon, où elle n’alla pour la première fois qu’en juin 1785;

    2° Dès 1786, nous voyons les Roland brouillés avec les de Villers ;

    3° La description faite de la saison s’applique beaucoup mieux à un printemps tardif qu’à un hiver précoce ;

    4° Les allusions aux « éternelles mangeailles… Si j’étais la maîtresse, je ne donnerais à manger de trois ans… », concordent bien avec la lettre à Roland du 16 mars 1785.

    Toutefois, faute de moyens de détermination plus complets, nous avons laissé cette lettre à la place que Bosc lui avait donnée, la suite de la Correspondance n’exigeant pas qu’elle fût nécessairement reportée à celle que nous lui aurions attribuée.