Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/792

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la neige semble nous menacer. La couverture ni le mur n’est achevé ; il y en a encore pour deux bonnes journées de maçon.

Ma pauvre cousine[1] m’écrit des doléances sur son propre sort ; elle est toujours plus malheureuse avec son extravagant de mari, avare pour elle, prodigue au dehors et d’une excessive dureté. Mon malheureux père ne fait toujours rien, ne se défait pas d’un rhume qu’il garde depuis longtemps, vend ses effets et vit encore ainsi[2]. Ma cousine n’a point été à Paris depuis peu ; elle ne l’a pas vu chez elle[3], quoiqu’il lui eût promis d’aller la visiter ; son mari a fait quelques voyages à la capitale ; il y a entendu le récit que lui a fait la vieille gouvernante des misères de son maître ; mais lui, ne parle pas de sa situation, quoique toute sa personne annonce qu’il soit dans la peine. Ma parente sent combien il est triste qu’il ne veuille point se prêter à nos arrangements ; elle observe, il est vrai, que tout est si cher, que les moindres pensions sont de 600tt mais elle juge bien aussi qu’il tient à ses habitudes et veut garder son indépendance. Que faire ? Je n’en sais rien et n’en suis que plus tourmentée.

Parlons de nos gens. Chappuys[4] avait prévenu la bonne de tout ce qu’il ma écrit ; on prétend que Joseph s’est vanté, à la ville et à Thézé, que la cuisinière ne viendrait pas à bout de le faire sortir, mais que lui ferait entrer sa femme ; qu’en conséquence, Claudine[5], fort bien instruite de ces bruits et ne voulant pas s’attirer la réputation de faire chasser tous les domestiques, avait pris son parti de ne rien dire de quoi que ce fût, de ne paraître instruite de rien, de faire son devoir et d’attendre en paix le résultat, quel qu’il soit. En général, les filles n’aiment pas Joseph, parce qu’il est commère et vétilard ; elles s’impatientent des misères qu’il relève et finissent quelquefois par lui donner son paquet ; alors il se fâche et se plaint, et elles le trouvent mauvais. Ce que nous avons à faire là dedans, sans entrer dans tous leurs

  1. Mme Trude. — Voir Appendice B.
  2. Phlipon mourut dans l’hiver de 1787 à 1788.
  3. Les Trude avaient quitté leur commerce de miroiterie de la rue Montmartre et s’étaient retirés à Vaux, près de Meulan.
  4. Chappuis, — inconnu.
  5. Claudine, la servante du chanoine.