Page:Rolland - Jean-Christophe, tome 3.djvu/119

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À quelque temps de là, le frère de Sabine, meunier à Landegg, un petit bourg à quelques lieues de la ville, célébrait le baptême d’un garçon. Sabine était marraine. Elle fit inviter Christophe. Il n’aimait pas ces fêtes ; mais pour la satisfaction d’ennuyer les Vogel et d’être avec Sabine, il accepta avec empressement.

Sabine se donna le malin plaisir d’inviter aussi Amalia et Rosa, sûre qu’elles refuseraient. Elles n’y manquèrent point. Rosa mourait d’envie d’accepter. Elle ne détestait pas Sabine, elle se sentait même parfois le cœur plein de tendresse pour elle, parce que Christophe l’aimait ; elle avait envie de le lui dire, de se jeter à son cou. Mais sa mère était là, et l’exemple de sa mère. Elle se raidit dans son orgueil, et refusa. Puis, lorsqu’ils furent partis, et qu’elle pensa qu’ils étaient ensemble, qu’ils étaient heureux ensemble, qu’ils se promenaient en ce moment dans la campagne, par cette belle journée de juillet, tandis qu’elle restait enfermée dans sa chambre, avec une pile de linge à raccommoder, auprès de sa mère qui grondait, il lui sembla qu’elle étouffait ; et elle maudit son amour-propre. Ah ! s’il avait été encore temps !… S’il avait été encore temps, hélas ! elle eût fait de même…

Le meunier avait envoyé son char-à-bancs chercher Christophe et Sabine. Ils prirent en passant quelques invités de la ville, ou des fermes sur le chemin. Le

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