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Jean-Christophe

— Alors, qu’est-ce que tu attendais ?

— J’attendais que vous me disiez que c’était vous.

— Et Lorchen ? demandait Christophe. Pourquoi n’est-elle pas venue ?

La petite ne répondait pas. Christophe comprit qu’elle ne voulait rien dire, au milieu de cette foule. Ils durent passer d’abord à la visite des bagages. Quand ce fut fini, Christophe entraîna la fillette à l’extrémité du quai :

— La police est venue, raconta la gamine, à présent très loquace. Ils sont arrivés presque tout de suite après votre départ. Ils sont entrés dans les maisons, ils ont interrogé tout le monde, ils ont arrêté le grand Sami, et Christian, et le père Kaspar. Et aussi. Mélanie et Gertrude, bien qu’elles criaient qu’elles n’avaient rien fait ; et elles pleuraient ; et Gertrude a griffé les gendarmes. On avait beau leur dire que c’était vous qui aviez tout fait.

— Comment, moi ! s’exclama Christophe.

— Bien oui, fit la petite tranquillement, ça ne faisait rien, n’est-ce pas, puisque vous étiez parti ? Alors, ils vous ont cherché partout, et on en a envoyé après vous, de tous les côtés.

— Et Lorchen ?

— Lorchen n’était pas là. Elle est revenue plus tard, après avoir été en ville.

— Est-ce qu’elle a vu ma mère ?

— Oui. Voilà la lettre. Et elle voulait venir elle-même ; mais on l’a arrêtée aussi.

— Alors, comment as-tu pu ?

— Voilà : elle est rentrée au village, sans que la police l’ait vue ; et elle allait repartir. Mais Irmina, la sœur de Gertrude, l’a dénoncée. On est venu pour la prendre. Alors, quand elle a vu venir les gendarmes, elle est montée dans sa chambre, et elle leur a crié qu’elle descendait tout de suite, qu’elle s’habillait. Moi, j’étais dans la vigne, derrière la maison ; elle m’a appelée tout bas par la fenêtre : « Lydia ! Lydia ! » Je

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