Page:Rolland - L’Âme enchantée, tome 3.djvu/129

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ses compagnons, dans ce conglomérat d’âmes qui forme le peuple des Cités, vertus et vices sont mêlés. La pourriture et l’air salin.

Un sexualisme exacerbé par fièvre chaude du troupeau, — des sens érigés, brûlés, blasés, avant l’heure, — une barbare curiosité qui devance, provoque, épuise les désirs, — une frénésie qui retombe, avant d’avoir fécondé, — tout essayé, et tout usé, — la chair flétrie dans sa fleur, — le duvet de l’âme brutalement écrasé, l’herbe foulée, partout l’empreinte, dans le corps, du plaisir sans joie profané, comme les bois de la banlieue, après les dimanches de printemps… Ceci, c’est l’aspect dévasté, le démon charnel qui trait et tarit le pis de la race, le chancre qui la ronge au ventre, dans sa force d’agir et sa fécondité…

Mais sur la terre ravagée passent les vents : après celui qui consume, celui qui renouvelle. Il suffit d’une ondée pour que se relève par plaques l’herbe talée, et que reverdisse le blé avec le chiendent. — La liberté est la lance d’Achille. Elle tue et ressuscite.

Surchauffé précocement par le souffle embrasé de la forge sociale où sa naissance l’avait jeté, — dans le méphitisme de cette fonte chaotique de jouissances et de peines également brutales, meurtrières également, — sous ce régime destructeur, d’hygiène sauvage, de logement empesté.