Page:Rolland - L’Âme enchantée, tome 3.djvu/233

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— Qu’en dites-vous ? N’est-ce pas un beurre ? On l’étendrait sur son pain.

— Il n’y a point de fraude, répondit Annette. De lait tout pur, non écrémé. Il fleure l’herbe grasse de vos prés.

— Que diriez-vous si vous l’aviez vu, ce gros poupon, ce bon garçon, bon fils, bon frère, bon compagnon — (on lui donnerait le bon Dieu sans confession, et il le prendrait sans façons ; il ne ment point : franc comme l’or) — si vous l’aviez vu, comme je l’ai vu, un jour d’assaut dans les tranchées, qui rigolait, avec son couteau de boucher !

Annette fit un geste de répulsion.

— Apaisez-vous ! Vous ne verrez point, je vous épargne, je ferme le volet. Tout est clos. Nuit, dehors. Dans la chambre, nous ne sommes plus que deux.

Annette, encore effarée, disait :

— Et il peut rire ! Il est en paix !

— Il ne se souvient plus de rien.

— C’est impossible.

— J’en ai vu d’autres qui, après avoir fait, le jour, des choses sans nom, dormaient la nuit comme des enfants. De remords, point trace. Ajoutons qu’ils seraient prêts, une heure après, à embrasser l’ennemi, qu’ils ont égorgé ! Et qu’ils oublient aussi vite l’accès de bonté que l’autre accès. C’est trop difficile à mettre d’accord ; ils n’ont