Sa musique est aussi claire que ces lugubres paroles, et plus terrible encore, plus morne : elle souffle la mort[2]. Contraste poignant : une âme ivre de vie, et minée par la mort. C’est ce qui fait le terrible sérieux et le tragique de cette vie. Wagner, rencontrant Berlioz, pousse un soupir de soulagement : il a enfin trouvé un homme plus malheureux que lui[3] !…
Alors, au seuil de la mort, seul, il se tourne avec désespoir vers l’unique lumière qui lui reste, Stella mordis, le souvenir de son amour d’enfance, Estelle, maintenant vieille, grand’mère, flétrie par l’âge et par les deuils. Il fait le pèlerinage de Meylan, près de Grenoble, pour la revoir. Il a soixante-et-un ans, elle en a près de soixante-dix. « Le passé ! le passé ! le temps !… Jamais ! jamais ![4] ».
Et pourtant, il veut l’aimer, il l’aime d’un amour éperdu. — Oh ! que cela est douloureux ! Que l’on a peu envie de sourire, quand on lit au fond de ce cœur désolé !
- ↑ Lettres à la princesse de Wittgenstein, du 22 janvier 1859, 30 août 1864, du 13 juillet 1806, — et à A. Morel, du 21 août 1864.
- ↑
« … Qui viderit illas
De lacryms foscas sentiet esse meis »,
écrit-il, comme devise à ses Tristes de 1854. - ↑ « Chacun reconnut tout à coup dans l’autre un compagnon d’infortune, et je me trouvai plus heureux que Berlioz. » (Wagner à Liszt, 5 juillet 1855.)
- ↑ Mémoires, II, p. 396.