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298 LES ORIGINES DU THÉÂTRE LYRIQUE MODERNE.

sentiment national, mais de la raison même devant l'imitation étrangère. On y retrouve l'influence, non pas des grands artistes italiens, dont nous avons étudié l'histoire, mais de la seconde génération, de l'école de Gavalli et de Scarlatti, les musiciens du plaisir et de la sensation vide. Ce sont eux qui ont faussé les esprits sur le sens du drame lyrique ; et les écrivains du dix- septième siècle n'imaginent plus d'autre opéra que le leur, soit pour le prôner comme Dryden, soit pour l'accabler comme Boileau. Il est assez curieux qu'après avoir soutenu ces principes, Dryden ait été justement le poète qui donnait six ans après à l'Angle- terre, la première et peut-être unique expression de son âme dans le drame lyrique. En 1691, il faisait représenter King-Arthur, tragédie mêlée de chants. La musique était de Purcell.

��Henry Purcell (1658-1695) est un artiste de race. Son père, gentilhomme de la chapelle royale, était un compositeur très ho- norable, qui mourut en 1666. Elève du captain Gook de la cha- pelle royale, et du docteur Blow, Purcell fît preuve d'une pré- cocité de talent, qui rappelle les exemples les plus fameux de l'histoire de la musique. Pendant qu'il était enfant de chœur, il composa des antiennes et de la musique d'église en style fugué, qui étaient encore exécutées au temps de Burney. A dix-huit ans, il devint organiste à Westminster Abbey, et à vingt-quatre, un des trois organistes de la chapelle royale. Malgré ses fonctions, son instinct le poussait à écrire pour le théâtre. Il y fît ses débuts à dix-neuf ans, avec Didon et Enée([§ll)(\). C'est une œuvre iné- gale, qui a du mauvais goût, mais de la vie et beaucoup de pro- messes ; certaines pages sont des plus belles de Purcell. Le suc- cès mondain de la pièce décida de la vocation de l'auteur; et de nouveaux ouvrages étendirent sa renommée. On n'avait jamais abandonné l'usage des intermèdes musicaux (entr'actes) et des chants sans rapport à l'action, introduits au théâtre comme orne- ments des pièces. Purcell en composa de la sorte pour un Abela- zor (1677) (drame de M me Behn) , un Timon d'Athènes (1678) (extrait de Shakespeare par Shadwell); un Theodosius, ou la force

��(1) Le texte était de Tate. L'opéra fut composé sur la demande du maître à danser, Josias Priest, pour son cours de danse aux jeunes dames de l'aris- tocratie; il fut représenté devant leurs parents, et on en fit des copies qui subsistent encore. La partition est éditée chez Novello and Ewer.

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